CHAPITRE VI
Après avoir formulé en ces termes la marche à suivre, Metternich se réserva de ne donner à son avis une forme officielle et définitive qu'après en avoir entretenu l'empereur son maître. Il demanda même à Caraman une copie des paroles du roi et celui-ci la lui donna.
Instruit de ces circonstances, le baron Pasquier s'empressa de faire savoir à Caraman que Louis XVIII n'avait pu approuver sa conduite, dont le principal inconvénient était de le présenter comme doutant, en quelque sorte, des droits de 1 héritier de la couronne, tandis que c'est parce qu il ne devait pas même supposer que ce doute put exister à Vienne ou dans d'autres cours, qu'il avait répondu avec tant de force à ce que Metternich avait dit une première fois sur ce sujet. Celui-ci ne pouvait s imaginer que son opinion n'eût pas été portée par l'ambassadeur à la connaissance de la cour de France. II était donc naturel de lui présenter celle du roi comme une objection à la sienne.
Le roi, en effet, informé des instructions éventuelles qu'on voulait donner, pouvait, sans manquer à sa dignité, à ce qu'il devait à son peiq)le et à sa famille, en faire sentir l'inconvenance et le danger. Mais, il lui était interdit de paraître avoir présupposé de pareilles instructions. Pouvait-il penser que, si la France venait à le perdre, les ambassadeurs présents à Paris dussent se conduire autrement que ne venaient de le faire
les ambassadeurs accrédités en Angleterre, à la mort de George III? C'était seulement parce que le prince de Metternich avait marqué à Caraman quelque incertitude sur une chose ou Ton ne pouvait en admettre aucune, que ce dernier avait été chargé de le ramener aux vrais principes.
Le ministre autrichien y était-il revenu? " Il n'v est revenu qu'en apparence, écrivait le baron Pasquier, le 24 mars 1820, et lorsqu'il dit que l'empereur et lui pensent comme nous, la proposition même qu'il nous fait prouve évidemment le contraire. Le roi, en s'adressant aux cours étrangères pour leur demander que leurs ministres reconnaissent son successeur légitime, semblerait faire dépendre de leur assentiment un droit incontestable inhérent à sa couronne. Il se placerait vis-à-vis de l'Europe entière dans la position fausse où il craint de se trouver vis-à-vis de l'Autriche, et si la moindre indiscrétion venait à faire connaître en France une pareille démarche, à quel point ne paraîtrait-elle pas injurieuse pour la nation (I)! "
Ces considérations, dictées par la logique et la prudence, mettent en lumière la sagacité avec laquelle le baron Pasquier discernait le péril de négociations plus longues sur un objet d'une nature si délicate, alors que le gouvernement des
(1) Documents inédits.