CHAPITRE VII
tendait les murmures et les huées de la foule. De ses croisées de Garlton-House, il pouvait voir le long^ défilé des voitures qui conduisaient les porteurs d'adresses à la résidence de la reine : «plus de cent voitures attelées à quatre chevaux. »
En même temps, l'audition des témoins venus pour déposer dans le sens de l'accusation, mettait en lumière des contradictions inattendues. A la séance du 10 septembre, il y eut deux de ces témoins dont on attendait des dépositions accablantes, qui furent favorables à l'accusée. Ils devaient être entendus de nouveau le lendemain. Mais, le procureur général les fit partir le même soir, ce dont la défense ne manqua pas de tirer parti. Pour un troisième, ce fut autre chose : « Le lieutenant Flynne s'est coupé et sa déposition a tourné contre lui. Mais, on a découvert qu'il n'avait pas la tête saine, de telle sorte qu'on ne pourra tirer parti de ce qu'il a dit, ni pour ni contre. »
Enfin, les divisions que le procès avait déchaînées dans le pays se reproduisaient dans la famille royale. Tandis qu'un des frères du roi, le duc de Glarence, prenait violemment parti contre la reine, les autres, le duc d'York et le duc de Cambridg^e, tout en condamnant leur belle-sœur, blâmaient ce procès néfaste. Leur neveu, le prince de Cobourg, veuf de la princesse Charlotte, fille de George IV, allant encore plus loin, soutenait ouvertement la reine, multipliait ses
visites chez elle et lui offrait de la recevoir à Claremont, « démarche très inconsidérée >■ qui exaspérait le roi et donnait lieu à de pénibles scènes dans l'intérieur royal, où Léopold était accusé de n'agir ainsi qu'il le faisait, que pour sauver sa dotation de cinquante mille livres, si les radicaux arrivaient au pouvoir.
Ainsi, apparaissait en pleine lumière l'inexcusable faute commise par les ministres lorsque, pour plaire à leur souverain, et sourds à tous les conseils (1), ils avaient subi son caprice et appelé la reine devant les pairs. Le clergé lui-même protestait en rappelant qu'aux termes des lois ecclésiastiques, le divorce ne pouvait être accordé qu'au mari sans tache. Ce fut un des principaux arguments des deux avocats Brougham et Denman qui présentaient la défense et achevèrent d'ébranler la conviction des juges, sinon quant à la culj)abilité, du moins quant à l'opportunité d'un arrêt de divorce.
On lira avec intérêt les commentaires que ce procès maladroit et scandaleux inspirait à Louis XVIII : a Vous n'aviez pas tout à fait neuf
(1) « Le prince Esterhazy me disait bien qu'il avait été chargé par l'empereur de tout faire auprès du roi pour le détourner de son fatal projet et de lui dire que l'exécuter serait le plus grand des malheurs. Mais, c'était son idée lixe dont rien n'a pu le détourner. Il ne doute pas qu'il n'en soit aujourd'hui bien aux regrets. Les récriminations et surtout les comparutions de lady Conningham vont le désespérer. » (Decazes à Louis XVIIL)