CHAPITRE VII 13i
écrit-elle, nous sommes imaginé l'autre jour qu il fallait aller voir passer la reine se rendant au Parlement. Nous voici, moi avec lord Garrington auquel j'avais demandé une fenêtre chez son père, et elle avec lord Francis. Il faut concevoir que celui-là était bien choisi : le fils de la maîtresse du roi ! Nous montons dans ma voiture et nous voilà partis, emmenant chacune un secrétaire d ambassade. Arrivés assez loin encore de Westminster, la voiture ne put aller plus loin et nous voilà à la porte do lady Garrington, sans avoir été insultés. J'avais bien peur. Nous trouvâmes un déjeuner excellent et tout plein de petits soins.
« Après avoir attendu deux heures, on nous dit que le cortège commençait à passer. Thérèse et moi nous nous mimes à une fenêtre. Mais, à peine y étions-nous que la foule commence à proférer des injures. Ghacune de nous se jetait la balle et disait que c'était pour l'autre. Je me retirai la première. Les cris continuèrent. On lança à Thérèse des écailles d'huître. Elle se cacha. Quand la reine parut, les long life to the cjueen furent si multipliés qu'on ne fit plus attention à personne. Thérèse avait dit à ses gens de venir la chercher. Mais, sa voiture avait été tellement huée qu'elle fut obligée de s'en retourner. La mienne avait été mieux traitée; je ne sais si c'est parce qu'on ne la connaissait pas ou qu'on croit que les Français sont mieux pour la reine.
Le soir, nous dinions chez Thérèse. Le prince Paul voulut se fâcher contre nous parce que sa femme ne lui avait pas dit que nous irions chez ladv Garrington. Moi, j'avais prévenu mon mari et obtenu la permission. Je dis au prince :
« — Si vous continuez à faire le grognon, je raconterai partout que vous avez eu votre redingote crottée et déchirée et que vous avez été obligé de vous cacher.
« Effectivement, il avait voulu aller à pied et on l'avait insulté en lui jetant de la boue. Je ne sais pourquoi les gens d'ici en veulent tant aux Autrichiens. Nous sommes restés jusqu'à deux heures chez Thérèse à jouer des charades. Son cousin, le prince de Lichtenstein, a un vrai talent de comédien. Il y a eu toute la nuit grand tapage dans les rues de Londres, des rassemblements de milliers de personnes qui cassaient des vitres dans la cité. En France, cela ferait beaucoup d'effet. Le lendemain, on a l'air de n'y plus penser et chacun retourne à sa besogne comme si de rien n'était. »
Écrites par une jeune femme de dix-huit ans, ces notes ont, dans leur décousu, le mérite de nous donner une juste idée de l'agitation de la capitale anglaise durant le procès de la reine. Ce que la duchesse décrit pour l'avoir vu de près une fois, se revenouvela presque tous les jours et presque toutes les nuits. Du reste, le procès avait beau avancer et, par les révélations qui s'y pro-