‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 62 sur 139 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

duisaient, démontrer clairement la culpabilité de l'accusée, il ne mettait fin ni à l'indécision des juges ni aux dispositions du public. Après les plaidoiries, on entendit les résumés et réquisitoires. Mais, ils n'accrurent pas le nombre des cacusateurs de la reine et n'empêchèrent pas le nombre de ses défenseurs de continuer à augmenter. Plus les témoins révélaient de faits propres à convaincre les auditeurs et plus ceux-ci tendaient à excuser la princesse en rappelant l'inconduite de son mari. Le vote dans la Chambre des pairs devenait de plus en plus douteux. Cette incertitude quant au résultat final réjouissait ici, irritait là et c'est sur la personne du roi (juc rejaillissait plus encore que sur la reine le scandale de ce déplorable procès :

— Le roi est si bas, déclarait le duc Wellington, que rien ne saurait l'abaisser davantage.

D'autres assuraient que si le bill était voté ce serait le signal d'attaques violentes contre George IV. Au cours du procès devant la Chambre haute, certains témoins n'avaient pas parlé par respect pour la couronne, sinon pour le monarque. Mais, devant la Chambre des Communes, rien ne serait caché, les langues se délieraient; on ne laisserait dans le mystère rien de ce qui concernait le roi : sa vie privée apparaîtrait au grand jour avec toutes ses turpitudes. La crainte et l'imminence de ce nouveau scandale dictèrent aux ministres des résolutions imprévues et, le

10 novembre, la proposition de mise en accusation de la reine fut retirée par ceux mêmes qui l'avaient présentée.

C'était, malgré tout, et contrairement à la vérité, avouer que la reine était innocente, qu'on s'était trompé en la poursuivant. Mais, un tel aveu, démenti par tant d'affirmations positives, valait mieux encore que la continuation de ces débats néfastes qui troublaient si profondément l'Angleterre. « Le drame de la reine est fini, écrivait Decazes. » 11 était en effet fini, et les partisans de Caroline pouvaient dire que c'était à son honneur, rien n'ayant été prouvé contre elle. Elle avait maintenant le droit de réclamer un logement dans une résidence royale, une pension, les honneurs royaux. La Chambre des pairs l'ayant épargnée, elle rentrait dans ses droits de reine, tout en restant séparée de son mari.

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