CHAPITRE VIII
Impressions d'ambassadrice racontées par elle-même. — La justice en Angleterre. — Ce qu'est une grande dame. — Protestations de Decazes contre la persistance des attaque» des ultra-royalistes. — Il veut aller se défendre à Paris. — Louis XVIII, sur les instances de ses ministres, le fait renoncer à ce projet. — Querelles avec Pasquier. — Decazes déclare au roi qu il n'ambitionne pas le pouvoir.
L'hôtel de Tambassade de France à Londres, situé dans Portland Street n'était ni beau, ni çai, ni commode à habiter. La duchesse Decazes, qui en avait conservé un assez triste souvenir, nous en donne une description peu séduisante. Elle s'y déplaisait. Le climat humide et brumeux de la capitale anjjlaise ne convenait pas à sa santé. Elle était souvent souffrante et on la verra bientôt dangeureusement malade et à deux doijjts de la mort. Peu de semaines après son arrivée, les médecins étaient unanimes à conseiller à son mari de s'installer à la campag^ne où elle trouverait un air plus pur et plus réconfortant. Ses amis le lui conseillaient aussi. " Le duc d'Hamilton en revenant d'Ecosse a été frappé par mon chang^ement. Il insiste pour que nous partions. »
Ce déplacement était en outre commandé par
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la mode et les usages. La saison finissait. La haute société quittait la ville. La cour était à Windsor. Les membres de la Chambre des lords, obligés de siéger presque tous les jours, en raison du procès de la reine, ne venaient à Londres que pour assister aux séances et repartaient ensuite. En attendant que parmi les propriétés à louer qu'on lui signalait, l'ambassadeur en eût trouvé une à sa convenance, aux environs, sa jeune femme utilisait son séjour dans la capitale en étudiant " dans ce qui n'était pas encore parti » la société anglaise et en allant au théâtre presque tous les soirs.
" La duchesse de Bedford nous ayant envoyé sa loge, nous allons beaucoup au spectacle. J'ai déjà vu Kean dans plusieurs pièces de Shakspeare. Je n'aime pas cet acteur, ni ses mouvements, ni ses gestes. Quand il joue le désespoir parexemple^ il prend sa perruque à deux mains et la secoue de toutes ses forces. Je crois que ce serait d'un bien mauvais effet si Talma faisait de même sur notre théâtre. " La spirituelle ambassadrice n'avait pas plus de goût pour u ces farces, ces mascarades qu'affectionnent les Anglais, où l'on voit des Polichinelles, des Gilles s'habiller, se déshabiller, perdre un bras, une jambe, les retrouver et mille autres bêtises. " Après les théâtres, elle visitait les prisons et y prenait des notes qu elle se proposait d envoyer à ^L Pasquier afin qu il en fit son profit. Elle signalait ce qu'elle