CHAPITRE VIII 13T
avait vu de véritablement monstrueux : les enfants des condamnés qu'on laissait à leurs parents jusqu'à l'àg^e de sept ans et qui ne pouvaient que se pervertir en un tel milieu. Pour remédier à cet inconvénient, une quakeresse philanthrope, Mme Fry, avait pris une chambre où on les gardait toute la journée, sous la surveillance des femmes les moins coupables. On ne les rendait à leurs parents qu'à 1 heure du coucher.
« J'ai assisté à leur prière. Il y avait environ trente enfants et les prisonniers non enchaînés. Ils prient tous d'inspiration. Mme Fry a commencé. Elle a été interrompue par vme autre qui continue à sa place et ainsi de suite pour toutes les inspirées. Il y en avait beaucoup ce jour-là. Quand il n'y en a pas, on reste à g^enoux et en silence, les yeux et les mains levés vers le ciel, pendant une derni-heure dans l'attente du Saint- Esprit. S'il ne vient pas, on se relève et tout est fini pour cette fois.
« Mme Fry, que j'ai depuis souvent revue en France, est une grande et belle femme, portant comme sa fille qui est très jolie et se conduit très bien, le costume de leur secte : un bonnet plat, une robe grise unie, un fichu de canon. Ce costume est le même pour tous les âges. Mlle Fry n'est d'aucune religion. Elle m'a dit que si elle en prenait une, elle se ferait catholique. Mais elle veut attendre, pour se décider, d'être plus
âgée. Elle vient chez moi le matin et je crois que je la déciderai à se convertir. «
C'est Mme Fry qui voulut conduire la petite duchesse à la prison de Newgfate où on tenait enfermés toutes sortes de condamnés, hommes et femmes. « Il y en a qui sont toujours furieux. » On en comptait huit de ceux-là dans un seul cachot ou entra Mme Fry en engageant la duchesse à y entrer avec elle. » J'ai obéi et tout aussitôt le tapage a cessé. On nous a montré un jeune homme qui devait être exécuté le lendemain. »
Un autre jour, c'est à la cour de justice que se rend la duchesse. " J'ai été voir juger. Mon mari m'a confié une grave besogne, c'est de lui faire un résumé du procès auquel j'assisterai. Comme les débats ont lieu en anglais et que je dois les résumer en français et de mémoire, ce sera difficile. M. Séguier, un des secrétaires de l'ambassade, dit que je n'ai pas mal commencé. Dans l'affaire que j'ai suivie, il n'y avait pas le plus petit mot pour rire, si ce n'est au cours de la déposition d'une malheureuse fille qui servait de témoin contre un homme à qui elle avait tenu rigueur. En réfutant son témoignage, celui-ci a mis en cause un autre individu, son rival. Et la fille de s'écrier :
« — Pauvre amour ! Il ne faut pas parler de ses étourderies.
a Comme le juge lui demandait ce qu'elle entendait par étourderies, elle a dû avouer que l'in-