CHAPITRE VIII
dividu que l'accusé attaquait et qu'elle-même défendait avait été arrêté chez elle, dans son lit et pendu. Je me suis étonné que le juge n'eut pas arrêté cette conversation. On ma dit que c'était à dessein parce que l'immoralité des accusateurs fait trouver les accusés moins coupables, v
En mettant en lumière la rare intelligence de la duchesse, les citations qui précèdent font mieux comprendre comment et pourquoi elle prit si vite dans la. société de Londres la place qu'elle y occupait quelques mois après son arrivée. L'ambassade de France était devenue le rendezvous de tout ce que comptaient d'élégant et de distingué la ville et la cour. La comtessse de Lieven et la princesse Esterhazy s'y présentaient à tout instant. Si l'ambassadrice était alitée, elles s'installaient près de son lit et lui tenaient compagnie. Si sa santé le permettait, elles l'emmenaient dans leurs promenades et leurs visites, l'aidaient à faire les honneurs de son salon, où se pressaient, " après avoir laissé leur importance à la porte » , les hommes d'État les plus (jualifiés. L'imposant lord Gastlereaghy venait faire la roue. Le grave Wellington y était assidu, non pas seulement parce qu'il aimait à « politiquer » avec le mari, mais aussi parce que la conversation de la femme, son tour d'esprit, la vivacité de ses réparties lui plaisaient infiniment. Questions graves, questions futiles, il n'en était aucune qui la déconcertât et la trouvât en défaut. Ce qu'elle
n'osait dire et ne disait pas, elle le pensait et c'était presque toujours une réflexion à l'emporte-pièce. Dans le salon de l'ambassade, une visiteuse parlait un jour, en faisant l'élogfe, d'une femme de la cour.
— Ce n'est pas une g^rande dame, objecta la duchesse.
— Comment est-ce donc fait, une grande dame ? lui demanda l'autre sans malice.
Elle eut envie de répondre :
— Autrement que vous, Madame.
Naturellement, elle garda pour soi cette impertinence, mais se lança dans une dissertation sur
« les vraies grandes dames » qu'elle avait connues : " la duchesse de Narbonne, quoique laide et bossue, mais, ayant si grand air, de si belles manières, ces mille nuances impossibles à décrire, qui distinguent les grandes dames des autres; la duchesse de Montmorency qui, elle, avait le physique de l'emploi, grande, bien faite, marchant remarquablement bien, entrant dans un salon avec tranquillité et dignité, faisant, comme pas une, la révérence, un si grand air enfin; la duchesse de Duras chez qui rien n'était étudié et tout avait l'air naturel. Etre grande dame, c'est avoir grand air, de grandes manières. Tout autre chose s'apprend ; pas cela. »
On ne la prenait jamais sans vert, car elle voyait tout, entendait tout, comprenait tout, se rendait compte de tout. En dépit de son extrême