‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 71 sur 139 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sant effort de ses ennemis pour lui barrer à jamais la route du pouvoir. Il retrouvait leur main dans toutes les avanies dont il était l'objet et jusque dans les commentaires injurieux et irritants auxquels.donnait lieu le complot militaire qui venait d'être découvert à Paris(l) , témoignage inattendu de l'audace du parti révolutionnaire dont l'Extrême Droite persistait à accuser Decazes d'avoir préparé et favorisé les criminelles entreprises.

Tant de motifs d'amertume et de plaintes ne parvenaient pas, cependant, à le détourner de la ligne qu'il s'était tracée et qui consistait à reconnaître les bontés du roi en lui obéissant toujours, en secondant, autant qu il le pouvait, les hommes investis du pouvoir et en fermant l'oreille aux adjurations que lui adressaient à toute heure ses amis de Paris, pour l'engagera revenir en France où l'opinion publique l'appelait.

« Si je venais demain proposer au roi de me mettre à la tête des affaires, écrivait-il à l'un d'eux, je serais un fou pour deux raisons : la

(1) Au mois d'août 1820. Celte conspiration fomentée par des officiers, avec la complicité plus ou moins dissimulée de plusieurs grands chefs militaires, hostiles au.\ Bourbons, avait pour objet l'enlèvement du roi et de sa famille. Les conspirateurs s'étaient assuré des appuis dans un grand nombre de régiments, à Paris et en Province. Le mouvement devait éclater partout à la fois. Ils furent trahis par un des leurs, ceux qu'on avait arrêtés, traduits devant la cour des Pairs. Mais, ils n'étaient pas les principaux coupables. L instruction n'avait pas osé rechercher ceuxci de peur de trouver parmi eux des maréchaux de France et d'illustres généraux. Le procès traîna longtemps et se dénoua par des condamnations contre des hommes sans notoriété.

première que le roi ne m'écouterait pas, la seconde que je ne réussirais pas à aplanir les difficultés et à sauver le pays et le trône. Je retrouverais tous les ennemis que j'avais, il y a six mois, et bien plus furieux encore et je ne retrouverais plus tous mes amis, vous ne le savez que trop. Ceux qui me resteraient ou me reviendraient ne m'accepteraient pour chef qu à condition que je leur obéirais et qu'ils commanderaient. Général sans soldats, comment me trouverais-je une armée? Ministre sans parti, comment formerais-je une majorité?

" Au milieu de l'irritation des partis, pourraisje faire entendre ma voix? Je serais bien téméraire de m'en flatter. Je ne laurais pu qu'autant que l'expérience et les dangers qu'on aurait courus m'eussent fait paraître nécessaire, m'eussent rendu toute la force d'une grande popularité, eussent rallié à moi la masse de la nation, éclairée sur ses périls, sur ma politique calomniée. Pour que cela eût été, il eût fallu que ceux qui m'invoquent aujourd'hui m'eusssent avoué, m'eussent rendu justice à la tribune et m'eussent ainsi placé eux-mêmes comme ils voudraient que je le fusse aujourd'hui.

« ... Je crois que les temps actuels sont et peuvent devenir si critiques, que lentraînement et la précipitation des événements peuvent avoir un cours si rapide qu'ils entraînent non seulement les semences, mais les racines même les

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