‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 73 sur 139 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Séjour à Harrow et visite à Hartwell. — Description déplaisante qu'en donne la duchesse. — Souvenirs de l'émigration rappelés par le roi. — Lettres affectueuses. — Decazes se plaint au roi des procédés de Pasquier à son égard. — Il menace de donner sa démission en alléguant que sa femme, grosse en ce moment, veut faire ses couches à Paris. — Blâme du roi. — Irritation de Decazes contre ceux qu'il accuse de lui avoir aliéné le cœur du roi. — Le roi s'attache à le

Inquiet de la santé de sa femme, qu'avait éprouvée le climat de Londres, Decazes, vers la fin de Tété, s'était installé à Harrow, à neuf milles de la capitale, dans un pays agreste et sain. Il avait loué là un luxueux cottage qu'entourait un parc très vaste et très boisé. Ce séjour parut d'abord devoir être salutaire à la duchesse. Elle recouvra ses forces, et, malgré son état de grossesse, put accompagner son mari dans des promenades qui avaient ordinairement pour but la visite de quelqu'une des propriétés seigneuriales situées dans le voisinage. C'est ainsi qu'ils visitèrent le château d'Hartwell où Louis XVIII, réfugié en Angleterre, avait vécu pendant les dernières années de son exil. Decazes ayant annoncé par avance cette excursion au roi,

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celui-ci lui recommandait de bien préciser le jour où il accomplirait ce pèlerinage, parce qu il voulait, ce jour-là, l'accompagner en pensée dans ces lieux si pleins pour lui de mélancoliques souvenirs. Puis, par le courrier suivant et sans attendre le compte rendu de la visite, il écrivait :

" Je suis bien empressé de savoir comment vous avez trouvé Hartwell. J'y étais lundi avant trois heures. Je vous ai presque vu sortir d'Aglisbury. Je me suis aperçu de la grimace que vous avez faite en voyant la maison du côté de l'arrivée; ensuite, je vous ai suivi de chambre en chambre. J'ai remarqué que vous vous étiez arrêté assez longtemps dans mon cabinet, après quoi je vous ai conduit au jardin. Je ne vous ai pas fait grâce d'une laitue, et il v en a encore. Mais, obligé de repartir, je n'ai pu assister à votre dîner. Était-il bon? A\ cz-nous j)u du claret? C'est certainement le meilleur \in qu'on puisse boire en Angleterre, car dans le royaume des Anglais, les bons sont rares. "

Hartwell parut horriblement triste aux visiteurs.

« C est un vieux château qui n est pourtant pas gothique, dit la duchesse dans ses notes. Tout à ? l'intérieur y est sombre et humide^ Le roi avait sa chambre et son cabinet au rez-de-chaussée ; le cabinet très étroit, sans cheminée, avec la table en face de la fenêtre et sa bibliothèque derrière

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lui. Le salon n'était pas g^rand, revêtu de bois brun imitant l'acajou très travaillé, la salle à mang^er de même et un autre petit salon pas plus joli. Madame logeait en haut et n'avait qu'une seule chambre comme M. le duc d'Angouléme. Deux autres étaient réservées à Monsieur et au duc de Berry quand ils venaient, tout cela très mal arrangé. Les personnes de la suite du roi et des princes étaient encore plus mal installées. L'escalier est assez singulier, en bois jaune, une galerie tout autour, et partout de petites statues également en bois jaune. A côté du château, le roi a fait construire une chapelle. »

L'impression de Decazes ne fut pas meilleure que celle de sa femme. Il le confessait au roi qui tout aussitôt prenait la défense de cet Hartwell où s'étaient écoulés les seuls jours paisibles et reposants qu'il eût connus au temps de son exil.

« Vous n'avez jamais vu Abdolonyme que sur le trône de Sidon. Mais, reportez-vous au temps où il cultivait son jardin et vous trouverez le tout bien suffisant pour lui. Vous êtes injuste pour le cabinet que vous appelez trou. Savez- vous bien qu'outré moi assis devant celte table sur laquelle je vous écris, il y a eu plus d'une fois huit personnes assises bien à l'aise... J'ai dit au bon duc de Gramont que vous aviez été voir sa chambre. Il y a été fort sensible... Quand j'ai loué Hartwell, le potager était une lande. A force de fuTûiÊX, notre excellent Bastange l'avait rendu

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