‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 75 sur 139 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

souhaité, le père s'en excusait, et, par le ton de ses consolations, réparait les effets de ses refus.

Comment Decazes pouvait-il croire que la faveur royale cesserait, lorsque, par exemple, le 6 août, le roi lui avait mandé à propos du duc d'Angoulême : «Il y a aujourd'hui quarante-cinq ans que la Providence a fait, à moi qui étais en état d'en sentir tout le prix, à vous qui étiez encore dans ses décrets et à toute la France le plus beau des présents en faisant naitre mon neveu ou pour mieux dire mon fils. Je l'ai pressé ce matin dans mes bras et, quoique de loin, je vous y presse aussi. "

Trois jours plus tard, le 9, avant-veille du deuxième anniversaire du mariage de son ami, il lui disait :

" Je vous ai parlé dimanche d'un anniversaire. Après-demain, il y en aura un qui m'est autrement cher. Le 11 août 1818 a été le plus beau jour de ma vie. Pendant dix-huit mois, il a doublé mon bonheur. Depuis six, il est mon unique consolation. En faveur de l'occasion, j'embrasse mari, femme, fils, sœur aussi tendrement qu'ils sont aimés de Louis, »

Déjà, trois jours avant celui où le roi témoignait ainsi de la fidélité de sa mémoire et de celle de son cœur, la duchesse avait dit à son mari :

— Voyons s'il se rappellera cet anniversaire de tant de bonheur et de reconnaissance pour nous.

Decazes ayant reproduit le propos dans une de ses lettres, le roi piqué au vif répondait :

« Je ne suis pas en peine, mon cher duc, qu'au collège de Vendôme, on vous ait fait lire saint Paul et particulièrement Fépitre aux Romains. Mais, j'aime à croire que le Pentateuque a été aussi une de vos lectures. Vous y aurez vu que les Israélites ayant manqué d'eau dans le désert, Dieu commanda à Moïse d'ordonner à un rocher d'en fournir, mais, qu'au lieu de cela, ce fut en frappant deux fois ce rocher avec sa baguette qu'il en fit jaillir une source, et qu'en punition du manque de foi qui avait été la cause de son inexacte obéissance, il fut privé de lavantage d'introduire le peuple de Dieu dans la Terre promise. Vous voyez d'ici que ce fait historique est devenu une parabole. Se dire : Voyo7is s'il se rappellera, c est douter qu'il se rappelle, c'est donc manquer de foi, et c'est la petite qui s'est rendue coupable de ce péché ! "

Entre temps, à la cour de France, on était dans l'attente d un grand événement : l'accouchement de la duchesse de Berry. S'il était encore besoin de démontrer la fidélité de laffection du roi pour son ancien ministre, on en trouverait la preuve dans des extraits des diverses lettres par lesquelles il l'associe d'abord à ses espérances et ensuite à sa joie, quand elles se sont réalisées. Il le tient au courant de tout, ne lui tait aucun détail, se plaît à lui communiquer les plus insi-

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