CHAPITRE IX
les noms de vos confrères. Ici, la vérité m'oblige à vous dire une chose qui sûrement ne vous déplaira pas. Vous pensez bien que pour dresser la liste, je me suis fait aider par le duc de Richelieu : l'un disait un nom, l'autre un autre; le vôtre n'était encore que dans mon cœur qu'il était déjà sorti de la bouche du duc. Félicitations de \ l'univers, grande parade, harangue de tous les corps civils, défilade de militaires, deux cent vingt-huit dames lundi soir, tout en satisfaisant mon cœur, ont un peu fatigué ma carcasse; il n'y paraît plus du tout et, sans entrer dans le j détail, je suis bien de partout. »
« 8 octobre 1820. — Le duc de Bordeaux se porte à merveille; sa nourrice a été malade le quatrième jour de sa naissance; on lui en a donné une autre; il l'a bravement prise et n'en fait je crois que mieux ses fonctions. Il est joli comme un cœur; des gens difficiles trouvent qu'il a le nez un peu gros, un peu épaté; mais nous savons que cela ne messied pas. Ce que vous me dites de l'effet que la nouvelle a produit en Angleterre et surtout ce que vous a dit lordCastlereagh, me fait bien grand plaisir. Remerciez bien de ma part le duc de Wellington, les ministres et tous ceux qui vous ont donné pour moi des commissions spéciales. Vos lettres sont très bien, je les ai surle-champ envoyées à leur destination. Je viens, avant la messe, de voir le duc d'Angoulême; il
m'a dit vous avoir répondu et m'a rappelé, ce que j'avais oublié, que Monsieur avait dit qu'il ne répondrait à aucun Français, ce que mon neveu reg^arde comme une manière d'excuse relativement à vous. De quoi se composent nos jouissances? Cela m'a été une montag^ne de dessus la poitrine. »
« 18 octobre 1820. — Vous vous réjouissez avec raison de ce que le maréchal Suchet est arrivé avant le maréchal de Goigny. Je vous dirai d'abord qu'on aurait attendu le premier pour couper le cordon; ensuite, oyez un petit récit qui n'est pas un conte fait à plaisir. Pour avoir les témoins sous la main, je les avais logés au château, à savoir : Coigny chez le grand aumônier et Suchet chez le grand maître de la garde-robe, tout au haut du pavillon de Flore. Certes, celui qui logeait à la porte devait arriver avant l'autre; mais, coucher seul est bien triste chose et nous avions été occuper le lit conjugal. xVvertis de très bonne heure, le premier, l'ingambe a justifié son nom par sa diligence; mais, la tortue avait déjà remporté le prix. »
On voit que pas plus dans la joie que dans l'épreuve, le roi n'oublie ses devoirs de " père " envers son ambassadeur. Du reste, il n'oubliait rien et se rappelait tout, ses devoirs de roi comme le reste, témoin ces quelques lignes en réponse à des plaintes qu'avaient arrachées à Decazes les