CHAPITRE IX
Esterhazy me trompe, que lord Castlereagh me trahit, que je dois cesser mes rapports de confiance avec eux. Il y a, dans tout cela, quelque chose qui me surprend fort et que je ne m'explique pas. Je mettrais bien du prix à savoir de quelle source viennent les avis. Pasquier a-t-il vu des lettres? N'est-ce pas Gamaran qui mande ce que Metternich lui a dit ou bien n'est-ce pas Pozzo qui a fait des siennes"? J'ai besoin de savoir la source pour juger l'avis. Ceci est, du reste, fort grave pour ma position et la change entièrement. Pasquier m'écrit sur tout cela avec son style raide ordinaire : Ae faites pas ceci, faites cela; suivez mes inst)'uctions officielles. Je n'ai jamais écrit ainsi à un sous-préfet dont je faisais quelque cas. Je n'en prendrai pas moins patience ; mais, je crains que ceia n'augmente et ne devieune intolérable. Alors, le motif des couches de ma femme pourrait bien devenir un prétexte utile pour tout le monde. C'est un grand pas de fait, de la part de Pasquier, que de me signifier que, loin d'être utile ici, je suis nuisible, et qu'il faut que je me taise et cesse les rapports qui m'ont mis à même, je le croyais, d'éclairer le gouvernement un peu plus qu'il ne l'avait été avant moi. "
Pour comprendre toute la portée de l'allusion que faisait Decazes à la grossesse de sa femme, il faut savoir que cette grossesse, il l'avait annoncée au roi dans une lettre antérieure, en ajoutant :
« Égédie veut à tout prix accoucher en France et être accouchée par Dubois. Je ne le souhaite pas moins qu'elle et je ne crois pas que mon père me blâme de le lui promettre. Déjà, on ne voudrait que trop faire de ma mission un exil. On met trop de prix à ce que je laisse établir que je ne peux rien espérer et que je dois tout craindre de l'état de chose actuel, pour queje ne me mette pas moi-même à déjouer ces intrig^ues et ces pronostics. »
Mais, contrairement à l'espoir de Decazes, le roi n'avait pu approuver ce projet de vovage à Paris.
" Le désir qu'elle éprouve d'être accouchée par Dubois est assez naturel d'après la satisfaction qu'elle a eue une fois de ses services. Cependant, il y a de bons accoucheurs à Londres. Le désir de venir accoucher à Paris est autre chose. Je vois que vous le favorisez, que vous désirez même revenir ici, indépendamment de ce motif. Vous êtes trop sûr de mon amitié, de ma tendresse paternelle pour que j'hésite à vous parler franchement.
« Si l'accusation de M. Clausel de Goussergues était de nouveau présentée et si la Chambre, au lieu de la repousser à l'instant même, la prenait en considération, la défense de soi-même est de droit naturel et, certes, vous ne trouveriez point d'obstacle à venir l'exercer. Mais, passé ce cas, quel serait votre rôle à Paris? Seriez-vous pour le