CHAPITRE IX
ministère? Seriez-vous de l'opposition ou essayeriez-vous de former un parti mitoyen, d'être le chef des indépendants? Aucun de ces partis ne vous convient. Ministériel, vous ne seriez qu'un soldat, et dussiez-vous rallier quelques voix, vous ne feriez que grossir une majorité qui, je crois en être sur, existera sans cela. Oppositionniste! Ah! ne raisonnons pas sur une impossibilité aussi affligeante. Chef d'un tiers parti! C'est un rôle difficile, dangereux. Ce parti doit nécessairement gêner, s il ne l'entraîne, la marche du gouvernement. Son chef ne peut guère échapper au reproche d ambition et qu'il ne finisse pas par en être la dupe et rester. . . Vous connaissez le dicton. « Vous parlez de ban, d'exil éternel, et il n'y a que cinq mois que vous êtes en Angleterre. Je suis fâché de vous voir de pareilles idées. Croyezvous qu'il ne m'en coûte pas d'être éloigné de vous, de ne plus jouir de nos douces soirées? Mais, je sais plier sous la main de fer de la nécessité. Vous êtes ambassadeur, il faut l'être. Cela est plus important que de venir faire connaissance avec les nouveaux députés. Vos ennemis savent bien leur métier. Ils parlent constamment de votre retour, de votre entrée au ministère. Cela tient les esprits en agitation, cela empêche ce que mon cœur désire le plus au monde, qui est que la masse se refroidisse et réfléchisse. Je suis sur que si cela arrivait, les trois quarts diraient : " Dans le fait, il n'est pas si méchant
que je le croyais. » Alors, tout serait sauvé. Mais la cicatrice ne se fermera pas tant qu'on frottera les lèvres de la plaie. Ne les frottez donc pas et empêchez des amis au moins imprudents de les frotter.
" Pour moi, je lai dit à toute la terre, je vous aime trop pour vous rappeler au ministère en ce moment. Je vous l'ai dit aussi, je vous le répète; mais, la vraie raison, je ne la dis qu'à vous : c'est que vous ne pourriez pas avoir la majorité dans la droite et que vous ne voudriez pas lavoir dans la gauche. Ainsi, huit jours d'un triste ministère anéantiraient des espérances éloignées, il est vrai, mais que je conserverai toujours. »
Quelques jours plus tard, le roi ajoutait :
" Je vous ai déjà répondu sur le désir que témoigne la petite d'accoucher en France. Je vous dirai seulement que si, comme je le crois plus raisonnable, ce désir n'est pas satisfait, je ne vois pas en vérité quelle honte en pourrait rejaillir sur vous. Vous avez des ennemis, mon cher fils; je ne le sais que trop. Mais, vous avez pis que cela, vous avez des amis imprudents. J'ai vu l'autre jour le marquis d'Aragon dont, certes, vous ne soupçonnerez ni l'amitié, ni la bonne tète. Il craint plus pour vous les seconds que les premiers. »
Après avoir lu ces remontrances suggérées au roi par les influences nouvelles qu'il commençait à subir, celles de son frère surtout et, plus en-