‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 8 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sergues, n'avait pas été mentionnée dans le procès-verbal de la séance. Mais, cette suppression d'un mot de justice et de colère fut relevée le 1" mars, au nom de la g^auche, par Benjamin Constant. Un débat tumultueux s'ensuivit, et un vote ordonna que le mot supprimé dans le procèsverbal y serait rétabli.

A cette décision, prise surtout contre lui, Clauzel de Coussergues répondit en déclarant qu'il maintenait sa proposition et qu'il saurait bien la qualifier. C'était un homme violent et exalté. Dans son discours, il qualifia Decazes de chef des révolutionnaires de France. Rappelé à l'ordre pour ce nouvel outrag^e, il eut cependant la satisfaction de constater qu'aucun des ministres présents, dont plusieurs avaient été les collèg^ues de Decazes, ne prenait sa défense, et que le comte de Sainte-Aulaire, eng^açé par la promesse qu'il avait faite au roi, restait à son banc. Déjà blessé de n'avoir pas été défendu lorsque la proposition avait été déposée, Decazes devait l'être plus encore cette fois et on verra bientôt en quels termes amers, et malheureusement trop justifiés, il exprimait son légitime ressentiment.

Le 1" mars, le roi, au moment où il écrivait, ne savait rien de cet incident. Il n'en est pas question dans sa lettre, non moins effusionnée que les précédentes. En revanche, il se plaisait à confier à Decazes qu'il avait été enchanté de son beau-père. Pour récompenser ce dernier, il

lui avait lu en anglais la belle missive du roi d'Angleterre. Il l'avait lue aussi au marquis de La Tour-Maubourg « que la phrase de la fin a bien attendri. C'est, ma foi, un excellent homme. Le beau-père m'a raconté ce qu'a fait Dubois. Les larmes m'en sont venues aux yeux. Quepourrais-je faire pour reconnaître un pareil dévouement» ?

Cependant, il attendait avec impatience une « lettre de son fils » . Il l'espérait pour le lendemain ou il ne répondait pas de son obéissance, c'est-à-dire que s'il restait sans nouvelles, il expédierait ce qu'il avait écrit depuis quatre jours : " Tout ce fatras commence à me peser. » Mais, le 2 mars, ce fut une autre antienne; un véritable chant d'allégresse .

(1 Je l'ai revue enfin, cette écriture chérie. Mais, la lettre n'est parvenue à son adresse qu'hier entre trois et quatre heures, tandis que le duc de Richelieu avait reçu la sienne dès avant-hier au soir. Ce que vous me dites de votre santé rabat de la joie que le beau-père m'avait donnée. Cependant, je vois du mieux, et c'est quelque chose. Je ne vous dis rien de la séance d'hier. Elle m'a fait de la peine; elle vous en fera. Que les regrets de la petite sont aimables! Je me mourais d'envie de provoquer une visite d'adieu. Je ne l'ai pas osé, dans la crainte de lui faire du mal. L'heure me presse, il faut finir. Adieu, vous savez si je vous aime, vous et les nôtres. — Louis. »

Il est certes impossible de prodiguer à un

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