‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 81 sur 139 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

core, par la crainte de voir ses ministres prendre ombrage du retour de Decazes et se retirer, on s'expliquera pourquoi, au reçu des plaintes proférées par son ambassadeur contre Pasquier, qui lui arrivèrent, le 30 décembre, il crut qu'il n'y avait en tout cela qu'un prétexte pour forcer sa volonté. Sans hésiter, peut-être aussi sans assez réfléchir ainsi qu'incite à le croire la facilité avec laquelle il céda, bientôt après, aux prières de " la petite » , il répliqua sur un ton de gronderie, gonflant la voix beaucoup plus qu'il n'avait coutume de le faire quand il écrivait « à son fils » :

i< J'ai reçu tout à l'heure, mon cher duc, votre lettre du 26 et j'y réponds dès aujourd'hui parce que la veille et le jour de Tan sont encore pires que ceux de Noël. Cette lettre m'a fait de la peine. Je ne connais pas le texte même de la dépêche chiffrée. Ainsi, je n'en puis ni défendre ni condamner la forme. Mais, pour le fond, s'il vous blesse, vous avez tort. Gomment, on saura qu'une ouverture qui vous a été faite (Ij, que vous avez prise ad référendum et, comme de raison, transmise ici, aura été présentée ailleurs comme venant directement de nous ; on saura qu'un homme qui vous a fait cent amitiés, écrit chez lui le diable de vous, que ses caresses ne sont que fraudulenta oscula hlandienies et vous

(1) Il s'agissait des affaires de Naples et Decazes dut répondre au roi qu'aucune ouverture ne lui avait été faite ni aucun avis donné.

donner des avis si importants, ce serait vous blesser! Non, en vérité, vous ne pouvez pas le penser. Je pourrais m'étendre sur ce chapitre; mais, je crois en avoir dit assez. Vous souffriez quand vous avez reçu la dépêche chiffrée; vous souffriez quand vous m'avez écrit. C'est une triste explication de tout. J'aimerais cent fols mieux que vous eussiez reçu une offense réelle et que vous vous portassiez bien. »

Une telle lettre ne pouvait qu'irriter Decazes contre ceux qu'à tort ou à raison, il accusait de lui aliéner le cœur du roi et de lui fermer à luimême la route de Paris. 11 était convaincu que des complots s'ourdissaient contre lui, que Monsieur et les ultras avaient entrepris de le perdre en le calomniant et que le ministère se faisait le complice de ces intrigues. Néanmoins, il se fût résigné à ronger son frein dans la crainte d'offenser le roi par son insistance, s il n'eût été tenu de lui faire remarquer que l'avis qu'on prétendait lui avoir envoyé et dont Louis XVIII lui reprochait de s'être offensé, ne lui était jamais parvenu.

« Mon cœur était malade sans doute, répondait-il, il l'est encore beaucoup, mais mon esprit ne l'était pas et ne le sera jamais assez, j'espère, pour être blessé d'un avertissement utile comme l'eût été celui que le roi suppose qui ma été donné. C'est en lisant la lettre de mon père que j'ai entendu parler pour la première fois d ouver-

CHAl'ITRE IX lia

tures faites à moi et transmises comme venant de moi et de lettres où l'on dit le diable de moi. On ne me parle pas ordinairement aussi clairement. On m'avertit seulement que je suis trompé et que je dois cesser de témoigner de la confiance, en m'ajoutant qu'on ne peut m'en dire davantafje. C'est bien plus de la réticence que de l'avis que je me plains. Comment puis-je juger de ma position et me {juider si l'on ne m'éclaire pas?

« Et d'ailleurs, en quoi ai-je été trompé? Pourquoi ai-je à changer de manière d'être? Pourquoi dois-je cesser de parler comme je l'ai fait? Est-ce que mes paroles ont compromis quelque chose? Quand et en quoi ai-je trop dit? On m'a attribué ce que l'on m'avait au contraire dit à moi-même. Mais, qui est-ce qui est trompé là dedans? Il me semble que ce n'est pas moi. Je l'ai déjà dit du reste; ce n'est pas le fond qui me blesse, mais la forme. Ma position devient chaque jour plus odieuse. Je joue le rôle le plus misérable qu'on puisse faire jouer à un ambassadeur, et il serait plus simple d'envoyer porter les dépêches qui attendent dans l'antichambre de lord Castlereagh ses réponses... Si l'on me veut humilier et déconsidérer, c'est trop de moitié, et je serai obligé, si les choses ne changent pas, de me jeter aux pieds du roi pour le prier de ne pas souffrir que l'homme qu'il a honoré de sa confiance soit ainsi traité. »

A la suite de ces explications, le roi qui.

d'abord avait donné tort à Decazes, parut disposé à donner tort à Pasquier. « Les deux dernières pages de votre lettre m'ont affligfé et, en même temps, m'ont, comme on dit, fait pousser les cornes à la tête, un veuf peut se servir de cette expression. Qui diable eût pu croire qu'un mot que je vous disais pour vous mettre sur la voie de ma pensée, serait la première nouvelle que vous recevriez d'une chose importante? » Il comprenait mieux maintenant pourquoi Decazes s'était offensé des observations de Pasquier. «Je ne vois malheureusement pas que je puisse vous être utile. Mais, puisque vous avez conservé la formule : mon cher avii, qui parfois et peut-être dans la présente occasion ressemble au très humble et très obéissant serviteur de la fin d'une lettre, je crois que vous feriez bien, sans chaleur, sans passion, de peindre audit sieur ce qu'une pareille a de désagréable pour M. l'ambassadeur et de fâcheux même pour le fond des choses. Il faudra bien qu'il réponde, et alors comme alors. » Decazes se préparait à suivre ce conseil quand il reçut de Pasquier la réponse à ses plaintes. Elle n'était pas tendre, cette réponse. Il put y relever des phrases telles que celles-ci. « Le ministère des Affaires étrangères de France ne peut être établi à Londres. » — " Véritablement, je ne comprendrais pas comment ce qui a pu s'accommoder avec les plus grandes existences de ce pays, ne pourrait être supporté par vous. » Don-

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