CHAPITRE IX
ner des leçons sous des formes si dures, c'était répandre de l'huile sur le feu. ^Néanmoins, Decazes ne se hâta pas de protester, a Mais si je diffère de répondre à Pasrjuier, disait-il au roi, il n'y perdra rien; la modération et le calme n'y perdront rien non plus, on peut en être assuré. " Il sonjjeait à faire juge du dissentiment le duc de Richelieu, et, cette fois, le roi l'approuva.
« Je vous ai dit ce que je pensais que vous aviez à faire; je n'ai pas chang^é d'avis. Mais, en lisant votre lettre, ce que vous me dites, dès le commencement, du duc de Richelieu m'avait fait venir la pensée de m'en ouvrir à lui, non pas de roi à ministre, mais d'homme à homme, et il serait très possible, si le hasard l'eût amené chez moi avant la lecture de votre lettre achevée, que cette ouverture fût faite depuis vendredi. Mais, il est venu plus tard, j'ai achevé ma lecture et j'ai trouvé votre idée meilleure que la mienne. Je vous conseille donc de l'exécuter et je m'en rapporte parfaitement à vous pour la mesure qu'il est bien nécessaire de mettre dans votre lettre. » Par le courrier suivant, il insistait : « J'espère, quoique vous ne m'en disiez rien cette fois, que vous n'avez pas renoncé au projet d'écrire au duc de Richelieu. Il me semble que vous devriez lui parler avec une entière ouverture en lui peignant les inconvénients de la marche suivie à votre égard : 1" pour la chose en elle-même, 2° pour votre personne, le tout forti-
teî' in re, suavité?- in modo. Il est bien certain que tout cela me cause des peines dont la moindre n'est pas d'ouvrir avec une sorte d'inquiétude ces lettres que, naguère encore, j'ouvrais avec délices. Mais, vous me connaissez assez pour être assuré que je n'en laisse rien paraître. Il me faut des coups d'une autre espèce pour ne pouvoir en cacher l'effet. »
Enfin, une troisième lettre sur ce pénible sujet acheva de marquer le sentiment personnel du roi, quant aux procédés du ministre des Affaires étrangères envers l'ambassadeur. Le roi avait lu les lettres de Pasquier et les minutes de celles de Decazes, et c'est après cet examen qu'il prononçait : K En point de droit, on ne peut nier que le ministre des Affaires étrangères est le supérieur d'un ambassadeur. Aussi, j'espère que dans votre lettre au duc de Richelieu, vous n'arguerez pas contre ce principe. Mais, il n'en résulte pas que l'ambassadeur doive être tenu dans les limbes; il faut au contraire l'armer de toutes pièces. En général, il faut laisser à sa judiciaire le soin de juger ce qu'il doit taire, ce dont il peut parler, enfin ce qu'il peut communiquer in extenso. Il v a cependant des cas où il est bon de lui prescrire une de ces trois conduites. On ne fait rien de tout cela, vis-à-vis de vous, et l'on a tort. En outre, tout en disant : mon cher ami, ce qui rappelle un peu cet endroit du roman de Caroline de Lischfiefd, où les deux vieux personnages en ve-
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naient aux grosses injures, sans cesser de s'appeler mon cher chambellan et ma chère baronne, on vous parle avec une morgue... dont je crains bien que vous soyez blessé. Mais, nous sommes ici à confesse et il faut tout dire, à charge comme à décharge. J'ai lu une lettre du prince Esterhazy dans laquelle il rapporte que vous vous êtes ouvert à lui sur le trop de réserve dont on use à votre égard. Cette confidence, à mon avis trop expansive, me fait de la peine parce que je crains qu'elle en gâte la cause. Toute cette affaire me chagrine comme roi et comme homme. Comme roi, vous sentez ma position et vous comprenez que je suis, par suite de tout ceci, dans des circonstances fort tristes et fort éprouvées; comme homme parce que lorsque votre cœur souffre pour un, le mien souffre pour dix. Espérons que votre démarche vis-à-vis du duc de Richelieu remettra tout d'aplomb. »
De ces lettres et d'autres qui suivirent la mercuriale du 30 décembre, il est aisé de conclure que Louis XVIII s'efforçait de tempérer sa sévérité d'un jour, d'en effacer les traces, en témoignant à son favori cette longue bienveillance qui, malgré tout, ne se lassait pas et à laquelle Decazes devait d'avoir été compris récemment, à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux, dans une promotion de Cordons bleus.
Au commencement de janvier 1821, l'ambassadeur étant allé visiter l'établissement thermal
J78 L'ambassade du duc decazes
de Bath, dans le comté de Somerset, le roi en profitait pour rappeler un souvenir de son exil.
" Si j'avais pu prévoir que vous iriez jusqu'à Bath, je vous aurais engagé à donner un coup de pied jusque dans Great Pulteney street, numéros, si je ne me trompe, 71 et 72. C'est là que j'ai habité pendant cinq semaines; c'est là que j'ai appris la bataille de Leipsik et la révolution de Hollande; c est là que, même avant ces grandes nouvelles, j'ai été comblé des attentions de mon ami John Bull. Aussi, m"est-il resté de Bath un souvenir fort agréable. Comme je prenais des bains tort exactement, je n'ai fait aucune excursion. Il y en avait cependant deux qui en valaient la peine : Bristol que j'espère bien que vous aurez vu, et Langleat, très beau château fort appartenant au marquis de Bath. Mais, vous en parler actuellement, c'est moutarde après diner. »
Tn peu plus tard, à la suite d'un malveillant article de la Gazette de France, qu'on soupçonnait un ami du Cabinet d'avoir inspiré, le roi écrivait, prenant résolument parti pour Decazes :
« Souvent, je lis les papiers un peu précipitamment. L'article de la gazette dont vous me parlez m'a échappé. Mais, il n'en a pas été de même, il y a deux ou trois jours. J en ai parlé à qui de droit dans le langage que dictaient mon cœur, ma raison, voire ma volonté. J'espère que pareil scandale n'aura plus lieu. Pour le Clausel,