CHAPITRE IX
sur les difficultés du moment. A ce titre, elle mérite d'être citée tout entière.
« J'aurais dû vous remercier plus tôt de l'aimable lettre que vous m'avez écrite le 25 décembre. J'ai été bien touché des sentiments d'amitié que vous me témoig^nez, et que je mérite, je vous assure, par celle que je vous ai vouée depuis que nous nous connaissons, et qui est à l'épreuve de l'absence et de l'éloi^jnement. J'accepte avec reconnaissance les vœux que vous faites pour mon bonheur, et je suis convaincu qu'ils sont sincères. Vous connaissez assez mon caractère pour savoir que je ne le trouverais ni dans les rêves de l'ambition, ni dans la jouissance du pouvoir. Poussé par une destinée bizarre et, vous le savez, bien mal^jré moi, au poste que j'occupe, je ne puis y attacher le moindre prix, que par l'espoir d'y opérer quelque bien, et, en vérité, il est difficile à faire au temps où nous vivons; nos pauvres têtes sont mises à une si rude épreuve, par des événements tellement supérieurs aux hommes qui devraient les dirig^er, que l'on est souvent bien porté à croire que tous les sacrifices que l'on fait sont en pure perte. Cependant, en considérant les pays qui environnent la France, et ramenant ses reg^ardssur son intérieur, on est quelquefois tenté de penser que sa tranquillité est encore plus assurée que celle des autres États, Ce n'est pas qu'il n'y ait parmi nous bien dés méchants et bien des fous, et même
quelques méchants fous, ainsi que vous l'aurez vu par la lecture de ce qui s'est passé à l'une des dernières séances. Mais, ces hommes font moins d'impression sur les masses, qu'ils ne le feraient ailleurs, et en se conduisant avec une extrême sag^esse, on peut, peut-être, éviter les excès et dirip^er le navire au milieu de cette mer semée d'écueils. Je sais combien cette marche est délicate et difficile; aussi, quoi qu'il arrive, avonsnous quelque droit à l'indulgence.
" Nous avons à attendre incessamment des décisions importantes de Laybach (1). La scène a changé, sans que le dénouement ait été rendu plus facile, surtout d'après l'étrange conduite que le roi de tapies a tenue avant son départ et par laquelle il s'est lié les pieds et les mains. Il résulte de sa position un embarras plus grand qu'avant, et l'on ne comprend guère comment il en pourra sortir. La guerre seule n'est pas une soft) A Lavbach, en Autriche, les représentants des puissances alliées venaient de se réunir en Congrès pour donner suite aux conférences qui avaient eu lieu à Troppau durant l'automne de l'année précédente. Il s'agissait d'aviser aux moyens d'éteindre les fovers révolutionnaires qui s allumaient de toutes parts, à Naples notamment. Avec le consentement de l'Angleterre et de la France, à peine dissimulé sous une résistance plus apparente que réelle, Metternich, d'accord a^ec la Russie et la Prusse, Ht admettre le principe de l'intervention armée, là où la révolte des sujets contre leur souverain mettait en péril la sécurité de l'Europe. C'est en vertu de ce principe que queicjues semaines plus tard, une armée autrichienne envahit les Etats de Naples et v rétablit le gouvernement absolu et que, peu après, le gouvernement français, s'autorisaut en outre du pacte de fauiille, se porta en Espagne au secours de Ferdinand VII.