‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 94 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le voir; je n'en ai point de copie. Ce serait peutêtre abuser de Tautorité que d'exiger de vous de suivre mes conseils; mais, c'est user des droits de l'amitié de vous y exhorter fortement. Quanta moi, ce que j'ai annoncé, je le ferai. »

Ainsi, le doute n'était plus possible pour Decazes. Il pouvait venir à Paris si tel était son bon plaisir. Mais, à peine arrivé, il devrait en partir. S'il entendait y rester, le roi cesserait de le recevoir. Il fallait que la conviction du vieux monarque fut bien forte pour lui dicter des conseils qui étaient si près de ressembler à des ordres. Mais, cette conviction, Decazes ne la partag^eait pas. Il ne croyait pas que sa présence à Paris constituât pour la chose publique, pour la monarchie, pour lui-même ce péril dont on lui parlait sans cesse et au nom duquel on le tenait exilé. Il pensait au contraire qu'en se montrant aux Tuileries, dans les salons, à la tribune de la Chambre des pairs, il en imposerait à ses ennemis et délivrerait la couronne du joug des ultras, chaque jour plus despotique, que le roi subissait après s'y être durant si longtemps dérobé à force d'énergie. Il s'alarmait et s'indignait de l'audace d'un parti qui n'attaquait en lui que la bienveillance royale et qui préludait par cet outrage à la domination qu'il rêvait d'exercer sur le souverain en l'isolant de son peuple.

« Qu'ai-je fait pour justifier ces craintes et cette haine? s'écriait Decazes. J'ai fait les trois

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quarts de la loi par qui ces hommes régnent ou se croient si près de régner; je me suis enveloppé dans mon manteau et me suis laissé frapper de toutes parts sans me plaindre. Leur ai-je disputé un moment le pouvoir? Je ne l'ai pas défendu un jour quand je l'avais ; je l'ai donné tout entier sans restriction et sans réserve; j'ai été où l'on a voulu, quand on la voulu. J'ai vu frapper mes amis, j'ai vu conduire mon roi et mon pays jusque sur le bord du précipice qu'ouvrait sous leurs pas la loi des deux degrés et d'où tant d'autres fautes les ont tant approchés. J'ai vu se former presque impunément, j'ai vu presque réussir huit conspirations en huit mois; j'ai vu les Bertin de Vaux, les Donnadieu, les La Bourdonnave, les Duhamel et tout ce qu un parti furieux avait eu de plus insolents détracteurs de l'autorité et de la personne royale, portés et élus ! . . . J 'ai vu tout cela et je me suis tu . J ai dévoré en silence mes douleurs, mes craintes pour tout ce qui m'est cher, mes remords de n'avoir pas assez prévu ce que devait produire ma faiblesse ! »

Si ces faits étaient vrais, et ils ne l'étaient que trop, qu'avait-on à lui reprocher? Après avoir protesté contre les exagérés et les fous qui exigeaient du roi qu on limmolàt à leur rage, il reprenait :

« Y a-t-il bien loin de telles exigences à celles auxquelles Ferdinand a cédé naguère à Madrid?

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