‹ L'Amblyopie du StrabismeChapitre 11 sur 41 · HAN · texte numérisé non relu

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le champ à son congénère, au bout d’un temps plus ou moins long ou après le clignement des paupières. La finesse de la vue à cette époque a déjà diminué pour l'œil dévié, mais elle reste assez bonne pendant un certain temps ; elle peut même s'améliorer par l'exercice; le plus souvent elle s'améliore immédiatement après la ténotomie. Cependant au bout de quelque temps, quand on couvre l'œil sain, l’autre ne se dirige plus vers l’objet, il le dépasse en dedans et l’image de l’objet correspond à la région interne de la rétine. S'il en est ainsi, on peut conclure, ajoute-t-il, que la netteté de la vision a considérablement diminué pour l'œil dévié, aussi bien dans la direction de la ligne visuelle que pour le champ visuel commun aux deux yeux, tandis que la vision indirecte n’a pas subi d’altération, car elle fait reconnaitre les objets qui ne se dépeignent pas sur la rétine de l’autre œil. (Question de l'identité de deux modes visions, l’une binoculaire, l’autre simultanée, qui ne sera plus reprise qu’en 4899 par Parinaud.)

De Grœîe, qui à touché, et on sait avec quel talent, à presque toutes les questions de pathologie oculaire, publia sur ce sujet un mémoire qui fit sensation. Frappé de la fréquence de l’amblyopie dans le strabisme monolatéral, il s’efforça d'établir que dans ce cas la diminution de l'acuité visuelle résultait de lhabitude prise de neutraliser l’image rétinienne de l'œil dévié. C'est cette neutralisation qui explique, eneffet, le mieux l'absence de la diplopie dans le strabisme. Partant de ce principe que c’est le manque de fonctionnement (nicht gebrauch) de l'œil dévié qui est la cause de l’amblyopie, de Grœîe, une fois la correction par la ténotomie obtenue, obligeait le malade à se servir exclusivement chaque jour pendant quelques instants de l'œil redressé. Il a obtenu ainsi des améliorations réelles, comme le prouvent les exemples qu'il rapporte.

Quoi qu'il en soit, depuis que de Grœfe avait touché à cette question, tout le monde avait accepté l'hypothèse de ce maitre et avait considéré l’amblyopie du strabisme comme un manque d'usage de l'œil affecté. Malgré l'autorité de ce grand nom, Abadie, en 187%, dans un mémoire sur l’'amblyopie congénitale, et

Schweigger, en 1881, discutent les idées et les combattent et concluent à l'hypothèse d'une amblyopie congénitale.

Avec Abadie, nous assistons à la grande première discussion sur l’amblyopie strabique.

D'abord, il met en doute les résultats de de Grœfe, car ayant eu recours lui-mème aux mêmes moyens dans des cas analogues il déclare que ses résultats n’ont pas été brillants. .

Ensuite, il croit pouvoir démontrer que la véritable cause de l’'amblyopie strabique n’est pas due au manque d'usage, mais que c'est une amblyopie congénitale. Les objections qu'il fournit contre la théorie de de Grœfe sont nombreuses.

Toutd’abord, ilest rare que chez les opérés de strabisme, même d'un âge peu avancé, on arrive par l'exercice à une amélioration considérable de la vision, ce qui devrait être si l’amblyopie était réellement due au défaut d'exercice de l'œil dévié. Il a eu plusieurs fois, pour son compte personnel, l’occasion d'opérer des enfants atteints de strabisme avec amblyopie et, bien qu'ayant fait fonctionner régulièrement l'œil amblyope après l'opération, il a rarement obtenu une amélioration. Il cite, en particulier, le cas d’un enfant délouché à l’âge de cinq ans et dont la correction fut satisfaisante. Les parents, très soucieux des recommandations du chirurgien, firent faire des exercices journaliers de l’œil amblyope pendant un an environ et néanmoins aujourd'hui, c’est-à-dire trois ans après, la vision de cet œil est toujours aussi mauvaise qu'auparavant.

- Par contre, chez des personnes affectées de cataracte congénitale etopérées à un âge assez avancé, on arrive parfois à obtenir une acuité visuelle excellente.

Enfin, et cette dernière objection a sans contredit le plus de valeur, cette forme particulière d’amblyopie n’est pas exclusive au strabisme ; elle se rencontre fréquemment chez des personnes ayant des axes optiques parfaitement parallèles au repos et dont les mouvements de convergence nécessaires à la vision binoculaire s’accomplissent normalement.

De plus, après avoir montré, par les considérations précédentes, qu’il est difficile d'admettre l’amblyopie du strabisme

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