CHAPITRE II
Historique
Les premiers écrits de médecine que nous possé-
dons mentionnent déjà : cette déviation du regard qui nuisait, à l'expression de la physionomie, à la beauté et à la symétrie du visage. Avicenne, Galien, essaient d'en donner l’étiologie suivant l'expression « à generatione » (mais ils ne font pas allusion à la faiblesse de l’acuité visuelle de l'œil dévié.
De La Hire (cité par Buffon) pense que l'œil dévie parce que la partie la plus sensible de Ja rétine ne se trouve pas dans le prolongement de l'axe optique. C'est pour amener les objets à se peindre sur cette partie de la rétine que l'œil prend une position vicieuse. [ faut arriver en 1743 pour entendre parler de la faiblesse de l'œil dévié et Buffon la considère comme congénitale : « C’est, dit-il, dans l'inégalité de force des deux yeux qu'il faut classer la cause de la loucherie ; l'œil mauvais gênant l’autre dans son fonctionnement est mis dans une position
où il ne puisse pas nuire ». En 1788, Joseph Pleuk emploie pour la première fois le mot amblyop'e pour désigner la faiblesse de l’acuité visuelle de l'œil dévié. Il se demande si cette amblyopie est la cause ou la conséquence de la déviation et il admet finalement l'opinion de Buffon. Quatre ans plus tard, eñ 1592, Rowley conclut dans le même sens. Avec Mayor une autre conception se forme et en 1808, dans sa thèse inaugurale, il admet l’amblyopie comme cause mais ce n’est plus pour lui une amblyopie congénitale : Elle est due au manque d’exercice. Il invoque comme argument « qu'on peut remédier à cela en exerçant chaque jour l'œil qui louche tandis que l’on place un bandeau sur celui qui est bien portant ». Demours, dans son « Traité des maladies des yeux », 1818, admet la même cause et en 1828 Veller se range en se prononçant pour une amblyopie par manque d'usage, améliorable par l'exercice.
Pour Lawrence, l’amblopie est la cause du strabisme et Pravaz, dans un article paru dans la Gaz, Méd. de 1837, écrit : « C’est l'œil faible qui strabe parce qu'il ne peut voir au même foyer. Perd l’habitude de fixer ». É
L'allemand Jüngken, 1842, croit que l'amblyopie est à la fois la cause et la conséquence du strabisme. I existerait une légère amblyopie congénitale antéricure au strabisme et une amblyopie postérieure 4 l'établissement de celui-ci due au manque d’exer-
cice.'
Andrea et Rüte approuvent, Arlt (1842-1856) parle d'un affaiblissement à la suite d’un emploi défectueux et il considère l’amblyopie comme une cause possible du strabisme.
Velpeau, dans son « Manuel Pratique des Maladies
des Yeux et Traité du Strabisme », 1841, voit la cause de celui-ci dans une inégalité congénitale ou acci-
dentelle de la force des deux yeux et Boyer dans ses recherches sur l'opération du strabisme admet une amblyopie primitive et une amblyopie consécutive au strabisme.
A la même époque (1841), Scarpa et Hélie attaquent violemment l'explication de Buffon. Ces auteurs pensent qu'un œil sain peut, par faiblesse musculaire se dévier et ne devenir amblyope que secondairement par manque d'exercice ; Hélie accuse d'inactivité dans laquelle demeure l'œil dévié d'amener un affaiblissement de sa faculté visuelle, diminuant parfois, dit-il, en quelques heures ou quelques minutes.
En 1847, Desmarres voit la cause du strabisme dans l'habitude prise de ne se servir que d’un œil et Makensie (1856) distingue : le strabisme alter nant où les acuités visuelles sont en général égales et le stabisme fixe où la différence de puissance des deux yeux est en général proportionnelle au degré de déviation.
La question en reste là, lorsqu'en 1863, paraissent successivement les travaux de Donders et de de Graefe. Dans son « Mémoire sur la pathogénie du
strabisme », Donders se déclare nettement pour l’'amblyopie par non usage. De Graefe, qui avait luimême un œil dévié, publia un mémoire sensationnel : admettant que c’est le manque d'usage de l'œil qui louche qui est la cause de l'amblyopie, une fois la correction par la ténotomie obtenue, il obligeait le malade à se servir exclusivement chaque jour, pendant quelques instants, de l'œil qui tournait. fl a obtenu ainsi des améliorations sensibles.
Le problème semblait être résolu.
En 1874, Abadie fait paraître un mémoire sur l’amblyopie congénitale. Il réfute énergiquement les arguments de De Graefe et après une longue discussion 1] arrive à l'hypothèse d’une amblvopie congénitale : I dit qu'il n'a pas obtenu de résultats brillants dans les mêmes actes que de Graefe mais que, par contre, il à obtenu, chez des personnes avec cataracte congénitale d'âge assez avancé, des résultats excellents après l'opération. En outre, il-fait remarquer que cette forme d’amblyopie n'est pas exclusive au strabisme et qu'elle existe chez des yeux qui convergent normalement avec axes optiques parallèles au repos et il prétend d’ailleurs que le diagnostic ophtalmoscopique de cette forme d’amblyopie est possible par suite de modifications «ans. tomiques congénitales du nerf optique et de la rétine, « le système vasculaire n’affecte plus une distribution aussi régulière que dans les conditions physiologiques normales. Les vaisseaux au lieu de se diviser en deux troncs principaux, se dirigeant
verticalement en haut et en bas,’ sortent irrégulièrement de la papilie pour se diriger dans tous les sens. La coloration rosée de la moitié temporale de la papille, pâle normalement, l'impossibilité d’apercevoir la lame criblée, due à la présence de vaisseaux dans cette région autorisent à conclure : que toutes les fibres dans la moitié temporale de la papille ne se rendent pas à la macula mais qu'un certain nombre plus superficielles traversent cette région pour se rendre à la périphérie et que placées ainsi au-dessus d’une région si sensible elles contribuent à diminuer la vision centrale tandis que la vision périphérique reste normale ».
Le doute n'était pas levé. En 1882 Schweiger nie énérgiquement l'amblyopie ex anopsia : « La faiblesse de l'acuité visuelle est, dit-il, congénitale ou due à une faiblesse d'accommodation ». Il prétend qu'on trouve la véritable mesure de Facuité visuelle avec l'emploi de verres convexes et après instillation d’éserine. Comme argument en faveur de Faniblyopie congénitale il cite Le cas de deux enfants qui fixaient excentriquement et qui cependant n'avaient jamais louché.
Cependant, à cette époque, Javal soutient éner: giquement que lPamblyopie strabique est une amblyopie par manque d'exercice (Manuel du strabisme, 1891). Il cite le cas d'un malade qui, dit-il, élucida parfaitement la question. I affirme que cetie amblyopie est le plus souvent curable par l'exer1-
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