RÉSULTATS DE ^ASSIMILATION
I. — Le reniement de la nationalité est Uii fait anormal en cesiècle. Une s*est produit qu'aux Etats-Unis. — L'histoire du passé ne peut rien nous apprendre sur les résultats d'une fusion de races accomplie en ces circonstances. Les races se sont éprises de leur existence distincte, parce que les savants leur ont révélé les vertus spéciales qu'elles possèdent. — L'Amérique avait l'avantage d'être peuplée par des populations ayant déjà fait l'apprentissage de différentes civilisations. — Elles avaient chacune des outils différents pour accomplir leur œuvre. —Elles ont jeté leurs outils. — L'édifice national qu'elles ont construit est peu intéressant. — Presque tous les hommes dont les Etats-Unis se glorifient à juste titre sont d'origine anglo-saxonne. — Pourquoi? — Ce qui se trouve à la base de l'arbre familial des assimilés. — Peut-être de nouvelles qualités et de nouvelles aptitudes se substitueront-elles à celles que « l'assimilation » a détruites.
II. — Effets immédiats de l'assimilation sur l'émigré et sur sa famille. —Ames à base de haine et d'ennui. — Le mépris de l'étranger est un creuset d'où les âmes viriles sortent plus fortement trempées.
III. — Effet de l'assimilation sur lesmœurs américaines. — De nouvelles hérédités vont se constituer. — Ce qui leur manquera.
« Quelles saintes et nobles pensées^ quelle poésie du cœur vous ôtez aux vivants en leur ôtant leurs morts ! >
{E. Michelet, Nos fils).
« Le vrai critérium de V excellence fVune civilisation ce nest m le chiffre de la population^ ni la grandeur des villes, ni l'abondance des récoltes mais Vespèce dliommes que le pays produit, »
(R.-W. Emerson. Essais).
« Whatever màkes the past, thé distant or Ihe future predominate over the présent advances us in ihe dignity of thinking heings. »
{Ben, Johnson (1).
L'assimilation, telle qu'elle s'est effectuée aux Etals-Unis, a-t-elle eu pour effet de développer les qualités naturelles des races ; a-t-elle ouvert les âmes et rendu meilleurs les hommes auxquels elle s'est imposée ; a-t-elle été un facteur de progrès intellectuel et moral?
Je crois que, même les plus optimistes, hésiteraient à l'affirmer.
Nous nous trouvons, ici, en présence d'un ordre de choses tout- à-fait nouveau et qui n'a pas de précédents dans l'histoire ; au moins dans l'histoire moderne, depuis que les nations ont acquis une conscience plus éclairée d'elles-mêmes et se sont éprises de leur existence distincte.
Chez les peuples d'Europe, à travers les événements successifs qui ont transformé leur état
1. Tout ce qui fait prédominer le passé, l'avenir ou le lointain sur le présent nous avance dans la dignité d'êtres pensants.
politique et modifié leurs frontières, le sentiment de la nationalité et de la race a été s'affirmant sans cesse avec plus de force ; ces deux entités ont constitué un bien pour la conservation duquel des millions d'hommes ont combattu et souffert, et il semblait qu'aujourd'hui il ne fut pas plus possible de renier l'une ou l'autre que de se renier soi-même.
Or, nous venons de le voir, ce fait anormal et contre-nature s'est produit aux Etats-Unis, sur une vaste échelle. Les représentants de plusieurs nationalités formant, sur le sol américain, des groupements nombreux (1) ont renoncé sans lutte, presque sans résistance, à leur patrimoine historique et à leur âme héréditaire : ils se sont efforcés de dissimuler leur origine ; ils ont jeté avec dédain leur passé dans l'oubli, ainsi qu'on enfouit sous terre un vêtement chargé de germes infectieux.
L'expérience d'autres temps et d'autres pays ne peut rien nous apprendre sur les conséquences immédiates ou lointaines de l'assimilation, non plus, d'ailleurs, que sur la plupart des phénomènes de la vie américaine.
Certains ethnologues se sont évertués à démontrer que du mélange des races résultent des types supérieurs d'humanité et que les nations les
1. Beaucoup de races sont aussi fortement groupées aux Etats-Unis que celles qui peuplent la Suisse et l'empire austro-hongrois.
plus fortes sont celles dans la composition desquelles il est entré le plus d'éléments divers. Mais leurs études n'ont porté que sur la fusion de peuplades primitives auxquelles le passé n'avait rien légué et qui n'avaient guère à mettre en commun que des instincts grossiers et des superstitions puériles. Les théories émises par ces écrivains, en outre, ne se préoccupent pas du mode dans lequel la fusion, pour devenir féconde et bienfaisante, doit être effectuée ; il est certain, cependant, que c'est là un facteur non négligeable.
A notre époque, ai-je dit, les nationalités se sont éprises de leur existence distincte ; elles se sont constituées à l'état de personnes morales, et cela, surtout, parce que les historiens et les savants leur ont révélé les forces précieuses qui sont en elles, les vertus héréditaires, les qualités natives qu'elles ont le devoir de perpétuer. Entre les anciens Gaulois, les Germains et les Celtes, Tacite et César, Strabon et Diodore de Sicile observaient déjà des différences notables. « A tout âge, dit Taine (1), un peuple reste toujours luimême ; les cinq ou six grands instincts qu'il
avait dans ses forêts le suivent dans ses palais et dans ses bureaux. » Mais, c'est surtout depuis Taurore de l'ère moderne, depuis que la science et le progrès, en compliquant tous les problèmes de notre vie, ont étendu à l'infini les champs d'ac-