‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 25 sur 96 · L'ÉVOLUTION DANS LA RELIGION ET DANS LES MŒURS · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTION DANS LA RELIGION ET DANS LES MŒURS

— Vèvolution de la religion et des mœurs, auxElais- Unis, s'est faite en une poussée ininterrompue dans le même sens. — Passage de la liberté de conscience à la libre pensée. — Après la guerre de V Indépendance. — Fondation de la première société unit arienne en 1795, Multiplicité des sectes, — Théodore Parlier, — II. — La libre pensée règne aujourd'hui dans toutes les parties de V Union. — Statistiques religieuses. — V ancien clergé et le clergé d'' aujourd'hui. — III. — Les mœurs après la guerre de V Indépendance \ dans la Nouvelle-Angleterre; dans la Pen7isylvanie. — Les premières î^eprésentations théâtrales. — Effet du développement de la 'richesse.— Les mœurs américaines jusque 1S60, d'après Tocqueville, Hamiithn, elc—lW — La décadence a lieu d'abord dans le domaine des affaires. — Les ba7%querow tes. Malhonnêteté financière.— TammanyHall.—N. Les femmes avant la Révolution. —En i830. -Les ouvrières de fabrique en 1840, — Opinion de Vévéque John Hopkins sur le féminisme. — Les guerres de la liépu* blic/ue et les mœurs. — VI. — Les mœurs à V époque actuelle, — La part d'influence de l'immigration, — La femme nouvelle.— La femme dans la société américaine L'éducation des enfants . — Le Sport . — Opinion de Mgr, Spalding,

Parmi les Anglo-Américains, les uns professent les « dogmes chrétiens parce qu'ils y croient, les autres

« parce qu'ils retloutent de n'avoir pas l'air d'y croire.... « Si l'esprit des Américains était libre de toute entrave « on ne tarderait pas à rencontrer parmi eux les plug « hardis novateurs et les plus^ implacables logiciens du « monde. »

(A. DE TOCQUEVILLE. Op. cU, vol. l*', p. 354).

« La démocratie américaine, disait Georges Bancroft, poursuit sa marche ascendante, uniforme et majestueuse comme les lois de l'être, sûre d'elle-même comme les décrets de l'Eternité ».

Il serait peut-être imprudent d'affirmer encore aujourd'hui que la marche de la démocratie américaine est ascendante, mais elle est certainement uniforme, elle est rapide et, semble-t-il, irrésistible ; elle a la majesté des grandes forces en action.

En Europe, les modifications dans les institutions, dans les idées, dans les mœurs ne s'accomplissent que fort lentement ; chaque pas en avant est suivi d'un mouvement de recul, chaque progrès amène une réaction, chaque conquête est accompagnée d'un partage de dépouilles qui en atténue les bons résultats.

Aux Etats-Unis sous l'action des influences diverses, bienfaisantes ou néfastes, que j'ai tâché d'indiquer dans les chapitres qui précèdent, la vie politique et sociale, la religion, les mœurs se sont transformées sans hésitation, sans dévia-

tion, sans arrêt, en une poussée continue dans le même sens. Les enseignements et les avertissements des moralistes et des pasteurs n*ont guère eu d'autres effets que de signaler ces transformations, au moment où elles s'accomplissaient. Le ruisseau étroit, au fond rocailleux, aux sombres sinuosités du temps de la domination puritaine et épiscopalicnne s'est élargi sans cesse; de nombreux tributaires lui ont apporté leurs ondes, et, sans bouleverser ses rives il s'est transformé en ce fleuve agité et immense qu'il est aujourd'hui.

Dans la religion, l'évolution s'est faite de l'intolérance et du fanatisme à la liberté de conscience amenant la multiplicité des sectes, et de la liberté de conscience à la libre pensée ; elle s'est effectuée parallèlement avec le développement de l'influence celtique et la décroissance de l'influence puritaine, bien que les causes qui l'ont amenée se trouvent en dehors de ces deux facteurs.

Aussi longtemps que l'esprit de la Nouvelle Angleterre a dominé l'Union, c'est-à-dire jusque vers l'époque de la guerre de sécession, la nation a conservé, en apparence, un caractère religieux très prononcé qu'ont signalé tous les touristes ; mais le passage de l'intolérance, à l'irréligion s'est accompli peu à peu, par une transition qu'on pourrait presque appeler logique, et ne se serait

pas moins accompli probablement, alors même que les Etats-Unis seraient restés un pays de mœurs anglo-saxonnes.

Le protestantisme, a-t-on dit, est la libre pensée limitée, cette liberté reste limitée dans un pays comme l'Angleterre où il est religion d'Etat et où il est devenu une institution nationale qui, dans l'esprit de tous les citoyens, contribue puissamment à assurer l'intégrité et la grandeur de la patrie.

Dans un pays où existent la liberté et l'égalité absolues des cultes, une foi chrétienne unique n'aurait pu se maintenir qu'avec une Bible dont aucun article n'aurait été susceptible d'une différence d'interprétation. Les puritains calvinistes habitués par leurs législatures locales, leurs conseils communaux et portés par leur curiosité native à arguer de tout, à se disputer sur tout, à demander le pourquoi de tout, devaient fatalement se détacher des dogmes étroits prêches par Cotton Mather (1), dès qu'ils n'y seraient plus soumis par une discipline féroce.

Dans la Nouvelle-Angleterre la plus grande partie de la période coloniale avait été remplie, ainsi que nous l'avons vu, par des discussions théologiques, des scandales de dissidents, des exclusions, des bannissements et des persécutions pour fins religieuses. Un peu avant la guerre et surtout après l'émancipation politique, la religion, avait déjà perdu beaucoup de son prestige exclu-

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