Pasteur des premiers temps de l'époque puritaine
sif. Les pasteurs faisaient bien de temps à autre, des sorlies furibondes contre les épiscopaliens, et les baptistes ; les catholiques n'osaient pas encore se montrer dans TEst, mais le nombre des fanatiques était beaucoup plus restreint « Les Tithin^men diiMac Master, remplissaient encore les mêmes fonctions qui consistaient à demander à ceux qui avaient transgressé la loi du dimanche, leurs noms et prénoms, mais le temps où l'on répondait à ces questions était passé et c'est le plus souvent avec un juron et une moquerie que l'on rebutait l'austère fonctionnaire ».
Les gens du Sud, nous l'avons vu également, se passaient assez facilement de religion. JefTerson par exemple, était fortement soupçonné d'être un impie bien qu'il ne se soit jamais expliqué carrément à ce sujet, et cela n'avait nui en rien à sa popularité.
Pendant les années où l'on discuta la constitution, où l'on ouvrit les nouveaux Etats de l'Ohio, du Kentucky et du Tennessee, où l'on inaugura les grandes entreprises industrielles et commerciales, la religion passa à l'arrière-plan des préoccupations générales, cependant elle maintint son empire ; les théologiens de la Nouvelle- Angleterre partirent, en même temps que les « hommes d'affaires », les médecins, les avocats, les instituteurs, et s'en furent établir des églises et des meetincf houses aux confms les plus éloignés des territoires d'établissement récent.
En dehors des Irlandais catholiques, les immigrants qui ne vinrent pas en très grand nombre, avant 1830, et qui se disséminèrent un peu partout sans groupements particuliers, furent incorporés probablement dans les congrégations existant aux endroits où ils se fixèrent.
Les sectes se multiplièrent avec le nombre des théologiens. Il arrivait souvent que des groupes de colons qui s'étaient entendus sur ime croyance quelconque partaient au nombre de quelques centaines pour aller s'établir dans l'Ouest ; des pasteurs dissidents réunissaient autour de leur église ceux que leur éloquence avait séduits ; des revivais nombreux eurent heu surtout dans les territoires nouveaux. La Nouvelle-Angleterre était la pépinière qui fournissait au reste de TUnion pasteurs et prédicants ; mais ceux-ci usaient pleinement de leur droit de libre examen et partout des églises libres se formèrent en dehors du calvinisme.
Le premier échec sérieux à l'orthodoxie fut la fondation à New-York, en 1795, d'une société unitarienne par un clergyman très éloquent du nom de Butler. A partir de cette époque on peut suivre pas à pas le progrès de la libre-pensée, limitée avec les baptistes, les presbytériens, les anabaptistes ; presque ilHmitée avec les unitariens et les universalistes.
Dans la Nouvelle-Angleterre et dans les Etats et les villes où l'esprit des puritains s'était im-
planté avec le plus de sincérité, révolution vers la libre-pensée a été, je le répète, la conséquence en quelque sorte naturelle et logique de Tesprit religieux, elle s'est faite par l'église elle-même, sans efforts du dehors, sans attaques, sans propagande de la part des ennemis de l'idée chrétienne. L'intention de tous les novateurs fut, comme toujours, d'épurer la doctrine, de la rendre plus conforme à la parole du Christ, d'en éliminer tout ce que l'esprit des hommes y avait apporté. Ainsi la société unitaire fut fondée pour favoriser les progrès du pur christianisme. Sur les mêmes bases se constituèrent ensuite, h»s transcendentalistes, les cosmiens, les associations religieuses libres, les universaHstes,e/c.
Toutes ces sectes eurent pour apôtres des orateurs de premier ordre, des hommes d'une haute valeur, entre autres W. Channing et Théodore Parker. Toutes élargissaient à l'extrême les limites de la croyance et permettaient aux fidèles, ainsi qu'on le disait, « de reconnaître et d'accepter sans suberfuges, comme sans subtilités théologiques et sans torturer les textes de la Bible, toutes les révélations de la science moderne. v( C'est en 1841, à Boston, que Théodore Parker prononça son fameux sermon sur « V Elément permanent et Vêlement transitoire du christia^ nisme » qui eul un énorme retentissement.
Dans d'autres parties de la population, on vit éclore, plus môme qu'à l'époque coloniale des
croyances bizarres accompagnées de pratiques exagérées ou ridicules, et c'était encore une manifestation de Tesprit religieux. On calculait vers 1830 que le nombre des sectes dépassait deux cents; la plupart ne se maintenaient pas longtemps car Tenthousiasme n'est pas un état normal, et il arrivait souvent qu'après quelques années d'un zèle extraordinaire, on abandonnait les temples construits pour la propagande de quelque conception spirituelle inédite.
Deux des plus connues de ces sectes sont les shakers et les a ormons ; les premiers ont encore quelques temples, le principal à New- Hawen (Gonn.) ; les mormons ont été chassés successivement de plusieurs Etats. Etablis d'abord dansTOhio avant 1820, ils durent se réfugier dans le Missouri, puis dans l'Illinois et enfin dans le territoire de l'Utah appartenant à l'Espagne et qui après la guerre du Mexique entra dans l'Union. Traqués dans ce dernier refuge et menacés de la force armée, ils durent faire leur soumission et se résigner à l'obéissance aux lois de la République qui sont opposées à la polygamie.
Enfin, la plus grande partie des immigrants, entre autres les catholiques irlandais, qui sont passés dans les sectes protestantes pour échapper, autant que possible, à l'ostracisme des « natifs » et qui sont devenus éspicopaliens, presbytériens ou baptistes afind'être bien « Américains » n'ont pasdûapporter aux églises de ces dominations une foi très pro-
fonde. La religion nouvellement embrassée n'était guère autre chose qu'une pièce d'un uniforme que l'on revêtait et que Ton rejetterait plus tard le plus facilement du monde. Si les pasteurs de la Nouvelle-Angleterre ont porté leurs querelles et leurs polémiques dans le Kentucky, la Tennessee, rOhio, rillinois, le public en général n'y a pas pris part et s'est contenté de payer son tribut à l'esprit du temps qui voulait que l'on fût membre d'une église.
« En Amérique, écrivait Lôher (1), il faut professer une religion, peu importe laquelle ; l'homme qui ne fréquenterait aucune église serait déconsidéré ».
En 1838 à Boston, un citoyen convaincu du crime d'athéisme avait été condamné à la prison.
« En dehors de la Nouvelle-Angleterre, écrit Warburton qui visita les Etats-Unis en 1864 (2), les symptômes généraux du sentiment religieux chez le peuple américain m'ont désappointé.
« Dans le Sud une grande proportion des hommes n'assistent à aucun service divin et leurs habitudes et leurs conversations sont telles qu'on doit s'y attendre en raison de ce fait ».
A propos de la multiplicité des sectes, le même