Grealer Britain, p
rimejitale, de droit, de médecine, de théologie, d'économie politique, de phénicien, d'hébreu, de sanscrit, d'égyptien, si nous en croyons les programmes des établissements d'éducation supérieure. Dans certaines écoles de jeunes filles on a introduit des cours de gymnastique comprenant entre autres exercices, le chahut (High Kicking) .
Elles voyagent seules et jouissent d'autant de liberté qu'un jeune homme ; elles prétendent aux mêmes privilèges. Elles sont à leur gré avocates, doctoresses, comptables; le temps viendra sans doute, où elles seront mécaniciennes et soldâtes, pourquoi pas? Les journaux illustrés nous montraient, il y a quelques mois, deux femmes assistant dans la prison de New-York, à une exécution capitale par électrocution.
Il a été longtemps d'usage, il Test encore, de dire que les jeunes filles de race anglo-saxonne n'abusent jamais de la grande liberté qui leur est laissée, que les hommes, du reste, les respectent absolument, et que les deux sexes n'ont ensemble de rapports qu'en tout bien tout honneur. Je le veux bien. Je n'ai pas à répéter ici que les Etats-Unis ne sont plus peuplés seulement d'Anglo-saxons, et que toutes les races y sont mêlées et confondues.
Mais, je préfère, sur ces matières délicates, me contenter de citer des écrivains autorisés de langue anglaise. Je rappellerai seulement quel-
ques v(^rités, quelques principes d'une application générale.
La vertu des femmes est basée ou sur une croyance religieuse, ou sur une règle morale ou sur une convention renforcée par les usages des milieux sociaux où elles vivent, les traditions de famille, la pression de Teotourage. La pudeur et la continence instinctiv<»s ne peuvent être que de rares exceptions.
Or, aux Etats-Unis, la religion a perdu presque entièrement son empire. La grande majorité des familles qui composent aujourd'hui la nation ont émigré depuis les soixante ou soixante-dix dernières années ; elles appartenaient aux classes pauvres d'Europe, au prolétariat où, en général, et cela soit dit pour tous les pays, les mœurs sont moins sévères que dans la bourgeoisie.
La plupart des filles d'immigrants ont travaillé dans les fabriques, les boutiques, efc. gagnant leur vie, contribuant souvent à l'entretien de leur famille et par le fait s'émancipant dans une grande mesure de l'aulorité paternelle. Isolées, au milieu de vastes agglomérations étrangères, ces jeunes filles n'ont plus eu la sauvegarde que constituent les anciennes connaissances, le cercle d'amis, la médisance ambiante. Elles ont joui d'une liberté absolue. Un certain nombre, môme ont émigré seules. Dans les milieux où existait une église du culte professé par leur famille, un curé ou un pasteur parlant la langue
du pays natal, la fidélité à la foi des ancêtres, sans doute, a servi de rempart aux mœurs ; mais le nombre de ces milieux a été jusqu'après la guerre de sécession, assez limité.
A la seconde génération, la plupart de ces familles se sont élevées dans Téchelle sociale, se sont enrichies ; mais, Taccession à la vie bourgeoise n^a pas eu lieu pour elles dans les mêmes circonstances qu'elle a lieu en Europe, dans les pays de stabilité sociale et de conservatisme.
Dans une ville de province d'Allemagne, de France ou d'Angleterre, le fils d'ouvrier qui a conquis une situation bourgeoise entre dans un milieu où les mœurs sont réglées par une tradition séculaire et, sa famille doit nécessairement s'y conformer; ses filles seront prudes, colletmonté et réservées comme il convient, sous peine de déchoir. Aux Etats-Unis les rapports sociaux sont très limités, la vie n'a aucune stabilité, la population se renouvelle constamment, et, à la faveur du va-et-vient continuel, des migrations constantes d'une ville à une autre, d'un Etat à un Etat voisin, il est facile d'échapper à l'observation et à la critique.
Les familles parvenues à la richesse ou à l'aisance bourgeoise dans ces circonstances, aurontelles pu suppléer aux traditions qui leur manquent et se constituer cette base de saine vie morale qui est celle des familles de la classe moyenne
en Europe, alors, surtout, que pour échapper au contact d'anciens compatriotes restés pauvres, elles auront cessé de fréquenter leur église? Peut-être, mais j'en doute.
D'un autre côté, les vices provenant de la pauvreté, de la misère, du besoin n'existent guère en Amérique, non plus que ceux qu'engendrent la paresse et l'oisiveté. En somme^ le courant de liberté absolue qui stimule l'activité, développe les énergies, crée et féconde, traîne aussi du limon, et, il n'y a pas à se dissimuler que les mœurs aujourd'hui sont loin d'être sévères dans la grande République.
J'ai eu l'occasion d'assister, il y a deux ans, à une représentation théâtrale donnée par des jeunes gens appartenant aux meilleures familles d'une petite ville de rEst,au profit d'une église d'une secte protestante. Des fillettes de douze ou treize ans dansaient en maillots collants ; d'autres de dixhuit et vingt ans, en costumes légers, robes courtes descendant aux genoux et décolletées, les bras nus, figuraient dans des chœurs et dans un ballet réglé avec beaucoup d'art. La culture des grâces du corps est sans doute excellente et les Grecs, que les Américains prennent volontiers pour modèles, y apportaient toute leur attention ; mais elle crée un type nouveau de femme qui nous éloigne de la civilisation chrétienne, et je ne pouvais, devant ce spectacle, m'empôcher de songer aux conseils de l'Ëvêque Hopkins, je me
disais : Cette jeune fille qui a étudié devant une glace la grâce de ses poses, les attraits conquérants de ses formes, le pouvoir de ses œillades, qui a calculé d'avance Teffet qu'elle devra produire sur le public d'hommes qui viendra l'admirer, se mariera un jour; se dispose-t-elle bien à être une épouse et une mère de famille attachée exclusivement à son foyer ? J'avoue que je la vois assez mal dans ce rôle.
Accroître les facultés, les aptitudes d'une femme n'est pas un mal en soi, évidemment ; la femme a des droits égaux à ceux de l'homme : droit égal au labeur, droit égal à la liberté, droit égal au plaisir, on ne saurait logiquement prétendre le contraire. Tous les talents dont le ciel l'a douée, elle les cultivera ; elle prendra une part égale à celle de l'homme dans la lutte pour la vie, dans la rude concurrence par le travail et par le négoce. C'est peut-être là le progrès; mais combien qui regretteront la femme du passé !
Hélas, les jolis romans qui ont charmé notre enfance, idylles souriantes et gracieuses, drames du cœur, histoires de poétiques souffrances et de joies idéales, on ne les écrira plus guère ici, on ne les vivra plus. La jeune fille naïve, aimante, ingénue, sortant de son couvent, pleine d'illusions et de douces chimères et rêvant de donner son cœur au prince charmant qui va bientôt venir, n'existe plus en ce pays. Dans les écoles publiques, primaires et supérieures, les sexes sont confon-
dus ; les cours de physiologie sont donnés en commun el nul mystère ne voile Téclosion des tendres sentiments.
Déjà en 1825, Tocqueville écrivait: (1) « Il ne faut presque jamais s'attendre à rencontrer chez la jeune fille d'Amérique, cette candeur virginale au milieu des naissants désirs, non plus que ces grâces ingénues qui accompagnent d'ordinaire chez TEuropéenne, le passage de l'enfance à la jeunesse ».
Un fait, au moins, est incontestable, c'est que le divorce fait rage aux Etats-Unis. D'après des statistiques récentes, (1898) il y a un divorce sur treize mariages dans l'Etat du Rhode-Island; un sur quatorze dans le Vermont; un sur vingt dans le Connecticut; un sur vingt-et-un dans le Massachusetts. Dans la ville de Chicago, en 1891, on a compté un divorce sur huit mariages.
Le petit Etat du Rhode-Island a une population de moins de 400.000 âmes. A la session de mars 1897, de la Cour suprême siégeant à Providence, il a été accordé en une seule journée vingt-neuf demandes de divorce non contestées ; c'est-à-dire que dans vingt-neuf cas, les défendeurs ou défen-