‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 62 sur 96 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

Iittérature,ilsont jusqu'à présent produit peu d'œuvres importantes, ils s'amusent à traiter la littérature américaine comme une grande puissance indépendante. Pour chaque grand écrivain anglais, ils ont un émule américain à opposer, et celui-là tous les bons Américains le lisent. »

Les femmes américaines sont les plus jolies du monde entier, les soldats américains sont les plus braves, les écoles américaines sont les meilleures, les orateurs américains sont les plus éloquents, les hommes d'affaires américains sont les plus habiles, les mœurs américaines sont les plus pures, les fruits américains sont les plus savoureux, les légumes américains sont les plus succulents, etc., etc. Ces affirmations qui n'ont été à l'origine probablement que des formules de réclame, sont passées aujourd'hui, dans les masses populaires à l'état de dogmes, d'articles de foi indiscutables.

Je lisais il y a deux ans,à la bibliothèque publique de Boston, un ouvrage sur les Etats-Unis,dans lequel on faisait l'éloge de la démocratie américaine ; l'auteur rappelait, cependant, que les. gens de ce pays n'avaient pas grand mérite à n'avoir pas institué de distinction de classes, étant donné que les éléments d'une aristocratie leur manquaient.

Un lecteur indigné avait écrit au crayon, en marge, à cet endroit du volume « tout cela est bon à dire, mais il y a plus d'aristocratie aux Etats-

Unis que dans tous les pays de TEurope réunis. « It is ail very ni ce talk but, the U, S. hold within her borders more aristocracy than ail Europe combined »,

J'emprunte au compte rendu officiel de la Convention nationale des démocrates, tenue à Chicago en 1896, pour le choix d'un candidat à la présidence, les lignes suivantes :

« M. James : J'ai le plaisir de déposer les 26 votes de l'Etat du Kenfucky, pour le plus grand orateur du monde, W. J. Bryan.

« U ex-gouverneur Sfone, du Missouri: Messieurs nous avons choisi un splendide /earf^r, beau comme Apollon, d'une intelligence qui défie toute comparaison, un grand orateur, une fin lettré et avant tout, un homme dans la poitrine duquel un cœur rempli des sentiments les plus élevés de patriotisme bat en constante sympathie avec le cœur des masses... Je jette dans l'urne, les 34 votes de notre Etat pour W. J. Bryan, du Nébraska ».

Le rédacteur d'un journal du Kentucky le « Beattyville Enterprise » allait encore plus loin. Parlant de l'impression produite sur les membres de la convention par M. Bryan il s'écriait:

<i Jamais avant cet instant, une forme aussi radieuse, un port si noble et si viril, une telle démarche pleine d'une majesté divine n'avaient hypnotisé leurs regards. Possédant des traits

d'une beauté parfaite, une admirable stature; portant imprimées par le Créateur sur la figure la plus majestueusement sereine et sérieuse que j'aie jamais vue, la force du caractère et Thonnêteté des aspirations ; ayant avec cela une tête et des épaules comme un Dieu, cet homme de la destinée, ce libérateur du peuple a entraîné la vaste multitude par son éloquence et Ta ravie par sa beauté sans égale. Il est le plus grand et le plus remarquable être humain que nous ayons jamais vu ».

Cette tendance à l'exagération, lorsqu'il s'agit de la glorification des célébrités nationales, existait déjà aux Etats-Unis vers 1830. Hamilton rapporte qu'un certain Tristam Burgess, du Rhodc- Island, avait, en l'an de grâce 1832, prononcé au Congrès un discours qui avait duré trois jours. C'était, dit-il, (1) un mélange de grâces exotiques et de vulgarités indigènes, de laborieux développements de vérités connues, d'invectives véhémentes, de déclamations ampoulées, de conclusions sans prémisses et de prémisses qui ne menaient à aucune conclusion. Cependant ce discours fut, pendant huit jours, l'objet de l'admiration de l'Union tout entière ; les éloges que lui décernèrent les journaux auraient été considérés comme hyperboliques si on les avait appliqués aux discours de Démosthènes lui-même ».

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