‹ L'âme américaineChapitre 12 sur 113 · Op. cit. vol. II, p · texte numérisé non relu

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du parlement anglais, qui en fit un refuge, comme avait été la Caroline du Nord, et y interdit l'esclavage. Elle fut colonisée par des cultivateurs ruinés, des débiteurs insolvables, tout frais sortis des prisons de la Grande-» Bretagne, des Ecossais, des Irlandais, des frères moraves, des Salzbourgeois catholiques, des quakers et même des Juifs. Les premiers colons y arrivèrent en 1733, et déjà à l'époque de la guerre de l'Indépendance, elle comptait une population de 50.000 âmes ; mais elle était devenue province royale et avait reçu, pendant les vingt dernières années de l'époque coloniale, un nombre considérable d'esclaves ; car beaucoup de cadets de la Virginie, du Maryland et de la Caroline du Sud y avaient acquis des domaines.

En résumé, au moment de la déclaration de l'Indépendance, les cinq provinces du sud comprenaient près de la moitié de la population totale de la confédération, soit environ 1.300.000 âmes, dont 480.000 esclaves.

Aucun historien n'indique quelle était la proportion des grands planteurs vis-à-vis des autres classes de la population, mais les données que nous possédons permettent de l'établir d'une

manière approximative. Les esclaves noirs étaient en 1776, au nombre de 480.000. Or nous savons par les relations des voyageurs qui ont visité le Sud au moment de la guerre, qu'il s'y trouvait des milliers de petits propriétaires ignorants, vivant très mesquinement et qui possédaient cinq ou six esclaves ; il ne serait certainement pas exagéré d'admettre qu'au moins 100.000 Noirs se trouvaient disséminés chez ceux-ci, et cela surtout en Virginie (1).

Si nous supposons, maintenant, que la moyenne des esclaves, dans chacune des grandes plantations, était d'une trcnt'ïine, nous arrivons à un chiffre de treize ou quatorze mille grands planteurs. En y ajoutant quelques milliers de professeurs, de médecins, d'hommes de loi et de fonctionnaires,il se trouve que la population du Sud qui, concurremment avec les meilleurs éléments des provinces de l'Est et du Centre, a pu jouer un rôle dans les destinées de la nation et exercer quelque influence autrement que par le nombre, ne dépassait pas vingt mille âmes.

Les petits propriétaires cultivant de leurs propres mains étaient nombreux, surtout dans la Caro-

1. Au milieu des bois et des soins rustiques, dit Chastellux, un Virginie:! ne ressemble jamais à un paysan d'Eu, rope, c'est tou.jours un homme libre qui a part au gouvernement et qui commande à quelques Nègre' ». Op.cit. vol. II, p. 46.

line du Nord, le Maryland et quelques comtés de la Virginie. Les Petits Blancs, enfin, formaient rimmense majorité de la population blanche. Que l'on se reporte seulement à quelques chiffres cités plus haut : En 1665, il y avait en Virginie, sur une population de 35.000 âmes, 8.500 indented servants, en 1672, leur temps de service dont le maximum était de sept années, étant expiré, ces serviteurs étaient devenus libres ; en 1683, les indented servants étaient au nombre de 15.000, en 1690, 15.000 affranchis prenaient place dans la classe des Petits Blancs et se multipliaient aussi rapidement que le reste de la population, car toutes les familles étaient très nombreuses.

Ainsi, chaque année un certain nombre de serviteurs ou esclaves blancs recouvraient leur liberté. Quelques-uns sans doute en profitaient pour améliorer leur situation matérielle et se créer un patrimoine par le travail, un trop grand nombre restaient oisifs et vivaient dans le dénûment. Au Maryland, ainsi que nous Tavons vu, la population s'accrut annuellement de trois ou quatre cents convicts.

Dans toutes les colonies du Sud, l'éducation était absolument négligée ; la distance qui séparait les différentes plantations rendait très difficile,sinon impossible, la construction d'écoles sur

un point du territoire suffisamment rapproché des habitations de deux ou trois familles Les propriétaires peu fortunés et les Petis-Blancs ne voyaient pas la nécessité pour leurs enfants de savoir lire ; les grands planteurs, de leur côté, étaîentd'avis que le bas peuple n'a pas besoin de s'instruire (1). Eux-mômes avaient un excellent collège à Jamestown, le collège de Guillaume et Marie ; les plus riches d'entre eux pouvaient, en outre, garder un précepteur à domicile et envoyer leurs enfants étudier enEurope. Il n'y avait quelques écoles que dans les villes.

La Caroline du Sud était la mieux partagée des cinq provinces méridionales, au point de vue éducationnel, car sa capitale, Charleston, où la plupart des grands planteurs possédaient une maison et passaient une partie de Tannée, était un foyer de culture et de vie sociale aristocratique et raffinée.

Dans leurs relations avec rAnglelerre,les colonies du Sud ne paraissent pas avoir eu trop à se plaindre. Un impôt était perçu sur le tabac (2) et

1. Le Gouverneur de la Virginie, Berkeley écrivait en 1671 : «Je remercie Dieu de ce que nous n'avons ni écoles libres, ni imprimeries, et j'espère que des centaines d'années s'écouleront avant que nous en fossédions ; car l'instruction a apporté au monde la désobéissance, l'hérésie et les sectes. L'jmprimerie les a répandues en même temps que des libelles contre le meilleur des gouvernements. Que

Dieu nous préserve de toutes deux !»

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