‹ L'âme américaineChapitre 77 sur 113 · Lettre à A. Stewart · texte numérisé non relu

Lettre à A. Stewart

2. La Salle avait exploré le Tennessee et y avait fondé un fort, le fort Prudhomme.

d'instincts moins grégaires et moins retenus par les attaches de clocher que les colons des autres provinces y fondèrent les premiers établissements en 1758. En 1781 le Tennessee comptait déjà une population de 10.000 âmes.

Le Kentucky, territoire dépendant de la Virginie, reçut quelques colons, à partir de 1774. La région de l'Ohio qui avait été le principal théâtre delà guerre entre la Nouvelle-France et les colonies anglaises, ne fut colonisée qu'après la conso- Hdalion de l'Union.

Une compagnie de l'Ohio avait été formée cependant, dès 1748, à laquelle le roi d'Angleterre avait concédé 500.000 acres de terre et dont faisait partie Georges Washington (1), mais elle n'avait réussi à fonder aucun établissement.

La renonciation par l'Angleterre, lors du traité de Paris en 1783, à toute réclamaîio.i sur le territoire situé au sud des grands Lacs, laissa Hbre la rive droite du Mississipi qui devait constituer la première étape de l'expansion américaine.

Cet événement permet d'apprécier l'énorme progrès qui avait été accompli à cette date, dans

i. Avant d'embrasser la cnri-ière militaire, Washington avait exercé la profession d'arpoateur-ffCîomètre et passé quelques années do sa jeunesse à boriier les terres de L(nd Kairfax, dans l'ouost de la Vir'fçiuie.llavait conçu aî(>r3 de vastes projets de colonisation ot s'il n'eût pas viû appelé à conduire les armées ot la politique de sa patrie, il se lut probablement mis à la tête des pionniers de l'Ouest.

le sens de Tharmonie et de l'union. Les chartes primitiyesaccordées par la couronne d'Angleterre, étaient loin de limiter d'une manière précise le terrain concédé ; celles du Massachusetts, du Connecticut, du New- York, desGaroliiies portaient la mention « Depuis l'Atlantique, à l'ouest, en ligne droite, jusqu'aux mers du sud » ; celle de la Virginie. « Toute la vallée du Mississipi, à l'ouest de la Pennsylvanie et du New-York»; de sorle que ces Etats avaient sur d'immenses étendues de forêts, des prétentions rivales également justifiées et qui auraient pu donner lieu à d'interminables querelles. Sous la pression des principaux hommes pohtiques du congrès, ils cédèrent leurs droits au Gouvernement fédéral et les « Territoires du Nord-Ouest » devinrent la propriété de la nation. La possession d'un domaine commun a été, comme je Tai dit, le principal lien entre les Etats et a constitué pour la République une sorte de soupape de sûrelé (1).

La guerre soutenue pour l'indépendance et la liberté, la législation égaJitaire que Jefferson avait fait adopter en Virginie, l'influence des « Niveleurs de l'Est » ainsi qu'on appelait souvent les Puritains, le courant d'idées nouvelles qui pendant cette époque agitée avait pénétré la nation, toutes ces causes semblent avoir produit

1 . Le mot Commoniceallh appliqué souvent aux Etats- Unis et à l'Australie signifie « richesse commune ».

dans les Etats du Sud, une récjénérescence sociale aussi bien que politique. Les rapports entre les Gentlemen et un bon nombre de Petits Blancs avaient nécessairement changé de caractère, ils étaient devenus ceux d'officiers et de soldats; le sentiment de la solidarité avait atténué Texclusivisme de caste. L'ambition individuelle, le désir de se créer un patrimoine avait germé et s'était développé chez l'ancien indented servant, en même temps que les vastes espoirs entretenus pour la patrie commune qui faisaient le thème des discours des orateurs populaires. Le soldat du Sud ignorant, grossier, abruti par l'oisiveté avait appris au contact du soldat de l'Est, que le travail ne déshonore pas, que la supériorité ne consiste pas dans la naissance mais dans la possession du bien-être ou de la richesse et il s'était dit que, dans un territoire lointain, il pourrait se constituer un domaine et se refaire une identité. Une nouvelle sélection se fit; dans la Virginie, le Maryland, les Carolines les chefs de famille, les planteurs ou petits propriétaire» dont la fortune reposait sur des bases solides et les Petits Blancs incapables de tout effort énergique n'émigrèrent pas. Le reste de la population s'en alla dans rOuest. Ainsi dias la seule année 1784, il paraît que plus de 30.000 colons passèrent de la Virginie dans le Kentucky. Un bon nombre d'entre eux étaient des soldats. Lors du recensement de 1840, il fut constaté que 900 Kentuckiens âgés de

78 à 109 ans, recevaient encore une pension militaire (1).

Les soldats, ainsi que nous Tavons vu, avaient reçu lors de leur licenciement, une prime fort importante en argent, plus cent acres de terre. L'acquisition du terrain était, en outre, excessivement facile. Tout individu qui avait demeuré un an, antérieurement au mois de mars 1780, dans un des territoires dépendant de la Virginie se trouvait propriétaire de 400 acres de terre et avait un droit de préemption sur mille acres attenant à son domaine. A partir de 1780, ce droit d'occupation et de préemption fut remplacé par l'achat direct du gouvernement fédéral. Le colon payait les frais d'arpentage, une somme insignifiante au Trésor, et n'avait qu'une simple formalité à remplir, faire inscrire sa propriété au Bureau des terres publiques. Souvent il mesurait lui-même le terrain et en indiquait les bornes, en gravant ses initiales sur l'écorce des arbres. Ces bornes étaient généralement respectées. Cependant, comme aucun plan ou cadastre des territoires nouveaux n'existait encore, les désignations inscrites au Bureau des terres étaient nécessairement très vagues et il arrivait que la propriété de cen- acres d'un pauvre colon, se trouvait enclavée dans celle de cent mille acres d'un spécu-

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