N. S. Shaler. History of Kentuchy, p. 21 (Boston
lateur. De là un grand nombre de longs et coûteux procès.
Dans la région de l'Ohio qui forma le premier domaine fédéral et qui comprend aujourd'hui les Etats de l'Ohio, de Tlllinois et de l'Indiana, les terres furent distribuées de la même manière.
Un tableau comparatif de l'augmentation de la population dans les différents Etats et territoires, pour la décade 1790-1800, nous indique à peu près en quelles proportions se fit Texode des anciennes colonies vers les régions nouvelles ouvertes à la colonisation.
En 1790 En 1800
Populatioridu Massachusetts... . 378.787 422.845
— Gonnecticut 237.946 251.002
— District du Maine. 96.540 151.719
— New-IIampshire.. 141.885 183.858
— Rhode-Island 68.825 69.1'^
~ Vermont 85.425 154.465
— New- York 340.120 589.051
— Delaware 59.096 64.273
— New-Jersey 184.139 211.149
— Pennsylvanie. .. 434.373 602.365
— Virginie 747.610 880.200
— Maryland 319.728 341.548
— des deuxCarolines 642.824 823.694
— Géorgie 82.548 162.686
— Kentucky 73.677 220.955
— Tennessee 35.691 105.602
— Ohio 45.365
— District de Golombia 1 4 .093
— Territoire de l'Indiana 5.641
— Mississipi 8.850
En déduisant de la population totale de l'Union en 1800, le chiffre de l'immigration étrangère qui, pendant cette décade n'aurait été, paraît-il, que de 15.000 personnes par année, nous nous trouvons avec une augmentation moyenne d'environ 31/100.
Dans la Nouvelle-Angleterre le Massachusetts, le Rhode-Island, le Gonnecticut aux terres peu fertiles restent au-dessous de la moyenne, le New-Hampshire, état essentiellement agricole l'atteint presque et le district du Maine la dépasse.
Le Vermont qui avoisine la frontière du Canada était un Etat de fondation récente. Pendant la guerre avec les Canadiens, les soldats des provinces de l'Est qui y avaient des avant-postes avaient été frappés par la richesse du sol, la beauté du paysage et à partir de 1760 s'y étaient établis en nombre considérable ; les terres leur étant concédées simultanément par le New- York et le New-Hampshire qui affirmaient sur ce territoire des prétentions rivales et qui s'en disputèrent la possession pendant près de trente ans. Vers 1775, un nommé Allen se constitua le chef du pays et convoqua une assemblée de représentants laquelle se mita concéder également des terres et à édicter des lois, sans aucune connexion avec le Congrès. Les habitants avaient d'abord été connus sous le nom de Green-Mountain boys (Enfants des montagnes vertes); plus tard ils avaient traduit ce nom en français, Vert
Mont ou Vermont (1). Le Vermont accepta la constitution des Etats-Unis et fut admis, comme Etat, dans Tunion, maUjré Topposition du New- Hampshire et du New-York, en 1791, à peu près vers le même temps que le Kentucky. Tous ses colons lui vinrent des autres Etats de la Nouvelle-Angleterre.
L'aufjmeiitation de la population a été marquée, pendant cette décade, dans la Pennsylvanie et le New-York où se concentrent surtout, alors, la vie publique et l'activité politique. Les Puritains, en nombre considérable, se sont établis au cours des trente années qui ont suivi la querrc, à New-York et autour des grands lacs, entraînés par leurs goûts nautiques et prévoyant que c'était là que le commerce rapporterait les plus gros bénéfices, L'Ohio a été principalement colonisé par des Allemands venus de la Pennsylvanie. C'est la Virginie, le Maryland, et les Carolines qui ontfourni le plus grand nombre de Colons au Tennessee, k la Géorgie, au Kentucky, au district de Colombia et à rindiana. L'importation des Noirs comblait rapidement les vides qui se faisaient dans la population de ces Eiats esclavagistes. De 1795 à 1804, d'après Bancrot'i, le nombre des Nègres transportés en Amérique par les seuls armateurs de Liverpool s'est élevé à 323.370.
1. ChastRllux op. cit. Vol. l•^ p. 23. R. E. Robinson //is/ory of Vermont,
Il est fort probai>le que les statisticiens qui n'ont évalué qu'à 15.000 par année, le nombre des immigrants étrangers, de 1784 à 1812, sont restés bien au-dessous de la vérité, car beaucoup d'Irlandais ont dû entrer aux Etats-Unis par la frontière du Canada. D'ailleurs pendant cette époque de réorganisation et d'instabilité, il a dû être à peu près impossible de tenir des registres exacts de l'immigration, même dans les ports de l'Atlantique, si seulement on a songé à tenir ces registres. Une preuve que l'afflux des étrangers a été considérable c'est qu'en 1794 une loi fut volée par le Congrès, portant à quatorze ans la durée de séjour nécessaire pour l'obtention de lettres de nataralisation. « Attendu que l'on redoutait l'influence néfaste que les émigrants des Etats corrompus et désordonnés de l'Europe exerceraient certainement sur la pureté et la simplicité du caractère américain ».
Or, on se rappelle qu'un peu avant la guerre, l'immigration annuelle d'Allemagne et d'Irlande dans le seul Etal de la Pennsylvanie avait dépassé vingt mille âmes, sans que l'on songeât à s'en préoccuper.
« Sans l'émigration étrangère, dit MacMaster relativement à celte décade, les villes de l'Atlantique n'auraient plus été bientôt qu'un désert ».
La population des anciennes provinces, en somme, n'était pas très considérable si l'on tient
compte delà superficie du territoire occupé; elle s'est doublée depuis lors dans les campagnes et s'est décuplée et quelquefois centuplée dans les villes ; mais il résultait de la difficulté des communications que seules étaient considérées comme avantageuses, les propriétés situées à proximité des voies fluviales ou des routes carrossables. D'un autre côié, une bonne partie des terres même fertiles se trouvaient fatiguées, épuisées par un siècle di culture uniforme, le seigle et l'orge dans l'Est, le maïs, le tabac et le riz dans le Sud.
Et voilà maintenant qu'un type d'homme nouveau se lève à l'horizon de la République, l'homme de l'Ouest. Pendant la période coloniale, sous l'empire de la discipline religieuse et des lois rigides, les convicts duMaryland et de la Virginie, les anciens soldats mercenaires, les Irlandais bruyants et aventureux ont été comprimés par l'austérité ambiante, retenus dans Tordre et la légalité. Dégagés désormais de toute entrave, ils vont reprendre la liberté de leur allure et leur tempérament va se donner libre jeu.
Dans la Nouvelle-Angleterre, les quelques éléments turbulents dont la guerre a révélé l'exis-
tence, les assoiffés de fortune rapide, tous ceux qui se sentent mal à Taise sous la surveillance des eommittee men, tous ceux que la modicité de leur patrimoine ne satisfait pas s'en vont vers les territoires nouveaux. Il semble que l'on pourrait rééditer en la modifiant la parole de ce pasteur des premières années des colonies que j'ai déjà citée: « Dieu a passé au tamis tout un peuple, afin de loJsser un grain de choi^ dans ces Etats ». La population de la Nouvelle-Angleterre reste sobre et religieuse, ainsi que la trouveront plus tard Hamilton, Tocqueville et tous les voyageurs qui l'ont visitée jusque vers le milieu de ce siècle.
Une partie non négligeable des colons de l'Ouest, mais évidemment moins considérable que ne l'ont affirmé certains auteurs, se composait de débiteurs désireux d'échapper à leurs créanciers, de gens ayant eu maille à partir avec la justice dans les anciennes provinces ou en Europe, et qui dans ces pays-frontières, se trouvaient en sécurité, de vagabonds, de criminels de tous genres et même d'assassins. Un peuple colonise toujours, a-t-on dit, par ses éléments les moins soumis aux lois, les plus turbulents, les plus aventureux, les plus énergiques..
L'anarchie qui a régné un peu partout immédiatement après la guerre, se perpétue dans les ter-
ritoires nouveaux, alors que depuis longtemps l'ordre a été rétabli dans les anciennes provinces. Si la Nouvelle-France a été conquise, les Indiens n'ont pas encore enterré la hache de guerre ; se voyant envahir et repousser sans cesse par la civilisation, ils ne veulent pas être dépossédés sans résistance et dans la région de TOhio, le Kenlucky et le Tennessee ils harcèlent les colons, et dévastent leurs étabhssements. Comme je l'ai dit plus haut, ils sont poussés aux hostilités par les Anglais qui leur fournissent des armes.
L'Amérique n'avait pas alors cet agencement formidable et régulier qu'est l'administration des grands Etats européens, elle ne l'a pas encore. Les terres de l'Ouest s'établissent au hasard des bonnes volontés et des initiatives individuelles ; les colons quels qu'aient été leurs antécédents, sont tous des propriétaires que leur intérêt porte à défendre les droits de la propriété ;il ya d'ailleurs dans l'Ame de chacun d'eux une certaine loyauté, un sentiment de FairP/ay qui se plie mal peutêtre aux formes bureaucratiques, mais qui suffit aux besoins des pays neufs. Tous sont des forts, des vaillants, des hommes de lutte. Le faible n'a rien à faire \k et il n'y va pas. L'idéal de ces rudes pionniers est rudimentaire ; ils aiment la vie pour elle-même, la vie toute physique, toute brutale ; ils ont le goût de la violence, et des grands déploiements de force ; ils sont rusés et défiants. Fenimore Cooper qui a si bien décrit la
vie de la forêt nous montre deux chasseurs se rencontrant dans le désert et s'approchant l'un de l'autre « à peu près avec la prudence et la circonspection de deux navires qui s'approchent dans une mer qu'ils savent être infestée par des pirates ». Ils n'émigrent plus comme autrefois, avec leurs pasteurs et ne se groupent plus autour d'une église ; la religion occupe peu de place dans leur esprit.
On sait qu'à cette époque, les pasteurs qui avant la guerre étaient généralement envoyés d'Angleterre, manquaient dans les anciennes colonies du Sud.
La vie est différente cependant dans les nouveaux territoires, en raison des éléments différents de population qui s'y donnent rendez-vous. Dans la région de l'Ohio que peuplent surtout des colons d'origine allemande venus de la Pennsylvanie, du Delaware, du New -Jersey avec certains contingents de la Nouvelle-Angleterre, elle est fiévreuse, active, intéressée, mais peu bruyante; l'ordre s'y établit de suite, tout naturellement, des gouvernements locaux sont rapidement constitués, des prédicants y viennent presque immédiatement grouper des congrégations. Ces établissements qui seront bientôt prospères et florissants n'ont pas d'histoire. Les colons s'y rendent généralement en nombre. On voit passer à travers la Pennsylvanie et le New- York, des caravanes de deux ou trois cents personnes, hommes
femmes et enfants, conduisant des troupeaux de vaches et de moutons, suivant de lourds chariots à quatre chevaux, recouverts de toile et chargés de meubles grossiers et d'instruments d'agriculture. Les voyages durent quelquefois jusqu'à deux mois. Arrivés à l'endroit qui leur a été désigné, ils choisissent le terrain qui leur convient le mieux et comme les Germains de Tacite, Colunt discreti ac diversi, ut fons, ut campus, ut nemus placuit.
Mais en même temps, la spéculation fait rage, les agents d'affaires et les hommes de loi sont là souvent pour prélever leur tribut sur le travail des courageux pionniers, entraîner les naïfs et les confiants dans l'enchevêtrement de procédures coûteuses et profiter par tous les moyens, de l'absence d'un gouvernement régulier. Ils enlèvent à cette vie primitive ce qu'elle pourrait avoir d'idyllique et de patriarcal.
Ajoutons cependant que ce sont ces spéculateurs qui attirent dans l'Ouest, le flot de l'émigration ; ce sont eux qui publient et distribuent des prospectus alléchants décrivant comme des Eden les régions à coloniser, qui indiquent les routes à suivre et les moyens de communication. Tant pis pour les victimes ! Il en sera ainsi d'ailleurs tout le long de l'histoire américaine.
Faeron (1) qui visite ITllinois en 1818, divise