Facts and Fàkes àbout Cuba
res, le portrait d'une jeune Cubaine arrêtée sous l'inculpation d'avoir porté certains documents aux insurgés. L'image la montrait dépouillée de ses vêtements devant trois fonctionnaires espagnols. Le public fut naturellement indigné. Or, la jeune femme en question avait simplement été fouillée, par un inspecteur du sexe féminin, à part, dans une chambre du bateau américain sur lequel elle avait pris passage « l'Olivette ».
Un rapport fut présenté au Congrès, le 17 mai 1897, établissant que sept à huit mille Américains se trouvaient parmi les victim;is de la famine et de la misère à Cuba.
Au commencement de janvier suivant, sur la demande du consul général Lee, le navire de guerre, le «Maine », fut envoyé dans les eaux de Cuba pour protéger les intérêts américains, au cas où le besoin s'en ferait sentir ; il arriva à la Havane le 25 janvier et fut englouti à la suite d'une explosion dans la nuit du 26 février. Ces faits sont encore présents à la mémoire de tous.
A partir de cette malheureuse catastrophe, l'excitation fut à son comble et les organes de la Presse jaune eurent beau jeu. Quelque jour probablement, le secret de la perte du3/a//ie,comme celui de la dépêche d'E ns, sera révélé et l'on sera peut-être aussi surpris qu'indigné lorsqu'on apprendra quel en fut l'auteur.
J^a masse du pubHc américain ne croyait pas à la guerre» au moment même où elle fut décla-
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rée et jusqu'au dernier moment les paris (car on parie sur tout aux Etats-Unis) en faveur du maintien de la paix l'emportèrent.
U interview suivant, publié par un journal du Rhode-Island (1), en date du 15 mars 1898, soit un peu plus d'un mois avant la déclaration de guerre, me paraît assez typique.
Le journaliste s'en va à Gharlestown près de Boston, visiter le bateau-école, le Wahash, dont l'officier de bord, M. Tilden, le reçoit fort courtoisement. Ce qui l'a frappé surtout sur les navires de guerre américains c'est le caractère essentiellement cosmopolite des équipages: « Nous entendant, dit-il, demander à M. Tilden quelle nationalité prédomine dans la marine américaine, un sous-officier s'empresse de nous répondre « every nation ofthe worid, except Americans », toutes les nationalités du monde excepté les Américains. Et M. Tilden de rappeler là-dessus à son subordonné qu'il est imprudent de parler ainsi devant un journaliste. Le sous-officier réplique qu'on n'a rien à craindre .quand ont dit la vérité. Y a-t-il beaucoup de Juifs dans votre marine, demandons-nous à ce brave sous-officier ?
— On n'en voit pas parmi les recrues, ce rude métier n'est pas lucratif pour eux.
— Croyez-vous que nous aurons la guerre ?
— Je le crois et ça sera dû aux journaux juifs
\. La Tribwne de Woonsocket.
tels que le World et le Journal de New-Vork. Si on nous appelle au feu, nous ferons sans hésiter notre devoir, mais le meilleur service que l'on pourrait rendre au pays ce serait de pendre haut et court à quelque poteau télégraphique, les journalistes de la presse Jaune.
— Croyez-vous que nous ayons des motifs suffisants pour déclarer la guerre à l'Espagne ?
— Du tout, les Cubains ne sont que des sauvages dans les veines desquels coule un mélange de sang espagnol et de sang nègre. Incapables de se gouverner eux-mêmes, ils ne méritent pas d'entrer dans la République américaine comme citoyens libres. Si jamais l'oncle Sam les admet dans rUnion, il commettra une grande faute qu'il regrettera amèrement plus tard.
— Y a-t-il aussi des chauvins dans la marine ?
— Oui, dans la marine comme au Congrès, il y a des écervelés.
Ici encore M. Tilden intervient pour rappeler le sous-officier à la prudence et nous ne jugeons pas à propos de pousser notre interrogatoire plus loin y>.
Les Philippines ont été arrachées à l'Espagne, le drapeau espagnol a cessé de flotter sur Cuba, et sur Porto-Rico; déjà des industriels, des capitalistes, des négociants américains sont à l'œuvre
et s'occupent de développer les ressources de ces îles fertiles.
Il est sûr que les Cubains ne s'en porteront pas plus mal et que le joug américain ne leur sera pas lourd.
La conquête des Philippines sur les Indigènes se poursuit lentement, sans enthousiasme, et il faudra les excitations fébriles de la presse chauvine, pour que la victoire finale soit saluée par les acclamations unanimes qui ont salué jusqu'à présent toutes les victoires américaines.
Ce qui est gros de conséquences, c'est le fait que les Etats-Unis ont rompu avec leurs traditions et sont entrés dans la voie de l'impérialisme. Pendant la période coloniale avant d'entreprendre une guerre, on cherchait à s'autoriser des textes de la Bible que Ton discutait longuement et que l'on savait toujours, à la vérité, concilier avec ses intérêts. A partir de la fondation de la République, la Constitution, la Déclaration de l'Indépendance, les enseignements de Washington, de Jefferson et de Monroe ont été l'évangile religieusement suivi. Il semble maintenant que chez une partie importante de la population, on ne veuille plus prendre conseil que de son bon plaisir et ne consulter que sa force. La constitution américaine qui a rompu avec les traditions de violence, de guerres et de conquêtes dont jusqu'alors s'étaient inspirés les peuples, a été une œuvre de sang-froid et de raison. Ce n'est que par
la raison et le sang-froid qu'elle peut être maintenue. Mais voilà qm des facteurs avec lesquels on n'avait pas compté se révèlent.
Les éléments qui composent la grande majorité de la nation ont leur histoire ailleurs, sous d'autres cieux ; une histoire qu'ont façonnée d'autres idéaux et d'autres principes. Chez eux, l'atavisme inconscient maintenant se réveille, les germes déposés en eux par le passé et longtemps comprimés, éclosent sous le chaud courant du chauvinisme. Le Celte qui domine absolument, aujourd'hui, dans l'Union est essentiellement et avant tout, un combatif qui lutterait rien que pour le plaisir de la lutte, rien que pour l'ivresse de la bataille. « Toutes les nations modernes, écrivait le duc d'Argyle, doivent leur existence à la guerre; les guerres l'Irlande n'ont donné et ne pouvaient donner naissance à aucune nation, elles ont été purement destructives » (1).
Les Etats-Unis qui ont avancé trop vite, devront-i's donc, ainsi que le prétend le grand philosophe anglais, Herbert Spencer, retourner en arrière, recommencer leur évolution et passer par les mêmes errements que les nations de l'Europe ? On va conserver les Philippines et Cuba parce qu'on ne saurait ni les abandonncc à l'anarchie, ni les céder à une puissance étrangère, ni les rétrocédera l'Espagne. Il faut se soumettre à la