JJist, de lalittéi dure anglaise. Vol. II, p
tion ouverts à l'esprit humain, que les civilisations européennes ont pris des routes diverses, se sont canalisées et ont amassé, chacune d'elles, des richesses particulières.
Chaque foyer national, aujourd'hui, a un rayonnement qui lui est propre. Le monde est une vaste fabrique où chaque peuple, dans la spécialité qu'il a adoptée, crée plus rapidement et mieux que les autres peuples. Car, de môme que certains actes de notre organisme, après avoir exigé d'abord une grande tensiofi, un travail assidu du cerveau deviennent, par la pratique réitérée, à peu près inconsciei.ts; de même, au sein des grandes collectivités, certaines manières de voir, d'agir, de penser, de sentir, élaborées mystérieusement à travers les siècles, appliquées, à l'origine, sous forme de maximes, de dogmes, de lois ou d'usages ont fini par se transmettre à l'état d'instincts.
H existe un ensemble de caractères psychiques qui se retrouvent dans toutes 1er. manifestations de la vie d'une race et qui constituent la base de son identité. C'est énoncer un truisme dv dire que, du fa't de leur hérédité, le Français, l'Allemand, l'Anglais, l'Italien, le Polonais, le Scandinave possèdent des vertus et de"; aptitudes spéciales (1).
1. En 1850, un auteur germano-américain énumérait comme suit les vertus nationales que ses compatriotes de môme race devaient s'efforcer de conserver et de cultiver aux Etats-Unis : « La profondeur et le sérieux de la pensée.
L'Amérique avait l'avantage d'être peuplée d'é- It'inenls déjà façonnés par un lonfj apprentissage ;i des lâches diverses ; ces éléments devaient lui apporter le charme de la variété, le reliel' des couleurs nuancées, l'intérôt qui s'attache aux choses dont la vie a des sources profondes et lointaines. Plusieurs races étaient conviées à colla-
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le eliarme des relations sociales, la franchise et ]a sinc(''rité (lu sentiineul, le culte de la science-, la piété sans Hypocrisie, l'anioui' de l'art ».
« En aucun pays, dit M. E. Lavisse, on est heureux à moins do frais qu'en Allemagne. Une réunion de camarades ou d'associés d'un uerein quelconque ; une fête de l'amille, de cabaret ou de village ; un verre de bière, quelques tours de danse, uu chœur chanté sur les routes y s(,'it des provisions de bonheur tranquille. Nul ne s'y ^«i.iMr.ène, ni à la ville, ni à la campagne. Nul ne brusque la vie. Point d'âpreté au travail ; une humeur ouverte à la joie (le vivre et qui produit le Gemiith, cette bonhomie (les jïens satisfaits do leur sort ».
{l'Jssais sur ^Allemagne Impériale. Avant-Propos VIII).
J'enipi'unte à un journal parisien, les lignes suivantes de M. Hngnes Le Koux qui peignent bien les qualités maîtresses de l'âme française « Mais, s'écrie-t-il, après avoir Onuniéré (fuelques-unes de nos lacunes, comme notre c(eur marche d accord avec notre raison ! Comme nous sommes iiiiMi équilibrés, quoi qu'on en dise ! Avec quel art, avec (luoUes nuances nous jouissons des plaisirs delà sociabilité ! Comme nous savons faire des sacritices opportuns pour vivre en harmonie avec les autres hommes! Comme nous tirons de la culture intellectuelle toutes les voluptés qu'Ole (oinporte! Gomme nous goûtons la vie que d'autres rêvent "M brûlent ».
borer à la grandeur de l'union; chacune d'elles avait des outils différents pour accomplir son œuvre.
Ainsi, des ariisans appartenant à différents métiers sont venus apporter leur concours à la construction d'une demeure que les architectes qui en ont conçu le plan rêvent de faire merveilleusement belle. Les maçons ont établi de puissantes fondations ; les matériaux sont abondants; les conditions de sécurité et de bien-être dont bénéficient les différentes équipes d'ouvriers sont parfaites ; l'édifice commence à s'élever sous les auspices les plus favorables. Mais, voilà que, les uns après les autres, menuisiers, charpentiers, peintres, décorateurs ont jeté leurs outils et se sont mis à travailler, en qualité de manœuvres, sous la direction des maçons. L'édifice aura de solides murs de pierre, il offrira un abri sûr à ceux qui y demeureront, mais il ne constituera pas une habitation confortable, son aspect ne sera pas agréable à la vue, et le rêve de beauté de ses architectes ne sera pas réalisé.
Des arbres ont été transplantés dans un terrain fertile, maison leur a enlevé une partie de leurs racines et toutes les fibres par lesquelles ils auraient pu aspirer largement les richesses du sol. Un grand nombre sont devenus des arbres secs ou ne portent pas les fruits qu'ils étaient appelés à porter.
Les émigrés assimilés par les éléments de lan-
fjue anglaise aux Etats-Unis sont les ouvriers qui ont jeté leurs outils ; ils ne contribueront pas à 1 édifice national la part qui leur incombait. Ce sont les arbres dont on a coupé les racines et qui restent stériles.
Sous l'influence nivelante de l'exclusivisme et du préjugé, la civilisation américaine a pris une teinte uniforme et criarde et, chose bizarre, ce qui manque surtout à ce pays peuplé par tant de races diverses, c'est la variété.
Que l'on médite seulement sur le fait suivant : Presque tous les hommes dont la République se fait gloire à l)On droit, presque tous ceux dont la réputation a traversé l'Océan à d'autr:;s titres qu'à celui de millionnaires ou de soldats sont d'origine anglo-saxonne : Washington, Franklin, les Adams, Webster, Prescott, Fenimore Cooper, Slory, Washington Irving, Edgar Poe, Emerson, llawthorne, Parker, Chaiming, Longfellow, Bancroft, Willis, Whitman, Asa Gray, Whittier, Holmes, Howell, Lowell, Mgr. Spalding,Clemens (Mark Twain), Edison, Sargeant, Whistler, etc. Quelques-uns sont d'origine écossaise. Les seuls hommes de race française qui ont joué un rôle important lors de la fondation de la République, comme John Jay et Henri Laurens, étaient des Huguenots et avaient reçu une éducation en partie française ; Joaquim Miller a écrit en allemand et en anglais ; Agassiz, né en Suisse, n'est venu en Amérique qu'à un âge assez avancé.
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Nous savons, cependant, que, Télément d*oriffinc anglo-saxonne ne constitue qu'une faible minorité de !a population actuelle de l'Union. En tenant compte des circonstances plus favorables de fortune, de culture et de situation sociale dont il a bénéficié, le fait que je viens d'indiquer n'en paraît-il pas moins anormal ? Et, nous savons encore que, dans le champ des productions de l'esprit, l'AnçjIo-Saxon n'est aucunement supérieur aux autres hommes.
Ne serait-on pas en droit de conclure, sans être accusé de paradoxe, que cet écart disproportionné entre les contincjents d'illustrations fournis par les différentes races qui composent la nation américaine, résulte de ce que, chez l'An- (jlo-Saxon, l'hérédité n'a pas été interrompue, qu'il s'est développé conformément à ses besoins intellectuels, qu'il n'a rien éliminé, rien effacé dans son âme, que tout ce que de longues générations d'ancêtres y ont déposé a pu y germer et y fleurir ?
Sans doute, les exemples sont nombreux d'hommes qui, émigrés dans un pays étranger, arrachés à leurs habitudes héréditaires, élevés et instruits dans une langue qui n'était pas leur langue maternelle, initiés à une civilisation différente de celle de la race dont ils étaient issus ont été des sujets brillants et ont fait souche de familles distinguées. Mais presque toujours ces hommes, appartenaient à un miheu so-
cial élevé; ils ont été transplantés dans des conditions favorables; l'accession à une civilisation nouvelle, loin de leur fermer le passé a, en quelque sorte, agrandi leur âme, en étendant le champ (le leurs alTectionset de leurs expériences. Ainsi, Adnlbert de Chamisso quittant la France pendant la Révolution, à IVige de cinq ans, et devenant l'un des plus qrands poètes de l'Allemagne ; ainsi l'Allemand Max Millier considéré comme l'un des premiers écrivains anglais du siècle ; ainsi les familles irlandaises des Lally-Tolendal, des Mac-Mahon, des Taafe, des Prim, des Garrelt dont les descendants se sont illustrés en France, en Autriche, en Espagne, au Portugal; ainsi les Milne-Edwards, les Waddington, les Dodds, ainsi les Labouchère, les Millais, les Du Maurier que se sont prêtés mutuellement la France et l'Angleterre. Les Huguenots émigrés en Allemagne, en Angleterre, en Amérique appartenaient en général à l'élite bourgeoise de leur temps et si la persécution les a fait fuir, la sympathie les a accueillis. Les uns et les autres ont pu conserver l'identité de leur être.
Car le mécanisme héréditaire n'est pas seul à agir ; il subit le joug de l'éducation et de la volonté. La plupart des écrivains, fort nombreux en ce siècle, qui se sont occupés des (|ueslions de physiologie ont prouvé, à l'encontre des fatalistes dont le système tend à faire de l'individu l'esclave do son hérédité, que les vices et les tares atavi-
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ques peuvent ôire vicîorieusement combattus par l'éducation. Evidemment, les mêmes lois s'appliquent à la transmission des qualités et des aptitudes ; pour qu'elles se perpétuent il leur faut une culture propice et des influences favorables.
Depuis la fondclion de la République les immigrants qui, presque tous, appartenaient aux classes illettrées ont rarement re(;u aux Etat-Unis, ainsi que nous l'avons vu, un accueil sympathique ; lorsqu'ils n'ont pas été persécutés, ils ont été bafoués et humiliés dans leurs aflections les plus chères. Ils ont dû, ou cru devoir renoncer à tout ce qu'ils aimaient au pajs natal, à tout ce qui les mettait en communication avec l'âme des ancêtres. Ils ont cessé d'être eux-mêmes.
Ainsi, le passé tout entier s'est fermé sur des millions d'individus et, chacun aujourd'hui peut le constater, les descendants d'étrangers qui ont renié leur origine et oublié leur langue maternelle n'ont rien gardé des vertus et des aptitudes ancestrales (1).
Ces millions d'individus étaient issus de longues générations de travailleurs n'ayant pas encore participé à la vie intellectuelle de l'humanité, n'ayant pas connu le surmenage, et, dont toutes les forces psychiques et morales étaient à Tétat
1. J'ai pu moi-môme constater ce fait souvent, rien ro ressemble moins par exemple à un Français qu'un Américain de race française ayant renié ses ancêtres.
latent : Qui sait combien de germinations fécondes ont été interrompues ; qui sait combien de semences précieuses ont été détruites auxquelles une évolution normale aurait permis d'éclore ?
Souvenirs enfouis, alfections étouffées, aptitudes héréditaires éteintes. Voilà ce qui se trouve à la l)ase de l'arbre familial de presque tous les descendants d'émigrés non anglo-saxons ou celtes aux Etats-Unis. L'arbre n'a pas dû en être fécondé.
Je n'ignore pas tout ce que peuvent avoir, en apparence, de purement théorique ou même de paradoxal, les considérations que je viens d'exposer. Les lois relatives à l'hérédité sont loin d'être absolues, les phénomènes de l'atavisme sont variables, et, d'autre part, si l'extinction des souvenirs, si le reniement du passé ont fait le vide dans les âmes des « assimilés », rien ne [)rouve que ces âmes ne puissent se remplir d'aspirations aussi élevées bien que différentes, de sentiments aussi nobles, que ceux qui en ont été extirpés.
On pourra me dire encore : Mais ces émigrés étant, pour l'immense majorité, des illettrés, des indigents écrasés sous les lois d'airain du vieux monde capitaliste, la vie pour eux était nécessairement limitée à la lutte pour le pain quotidien ; lu patrie se résumait en l'amour d'un petit coin
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