‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 70 sur 109 · II · texte numérisé non relu

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permettre Taccès, n'implique qu'une puie satisfaction de vanité, la sympathie, les affinités électives n'y sont pour rien .

Souvent les « strugglers for social récognition « se heurtent à de cruelles déceptions, et les journaux mondains racontent avec un grand luxe de détails, les mécomptes de telle ou telle femme de millionnaire qui s'est vu refuser l'entrée des salons des « Quatre cents » ou de quelqu'autre coterie exclusive.

Les millionnaires ne se contentent plus d'occuper les degrés supérieurs de l'échelle démocratique « Parvenus au sommet de l'opulence, disait un publiciste français très bien renseigné sur les choses d'Amérique (l),ils se réclament tout républicains qu'ils se disent et se croient de descendance illustre. Des D'Hozier improvisés leur confectionnent des arbres généalogiques. Soixante et dix-huit des plus riches familles de l'Union auraient des souverains pour ancêtres.

« Elles ont créé un ordre dit « de la Couronne » et ont adopté pour devise le vers d'Horace « Atavis Edite regibus ». Sortis des rangs du peuple, artisans de leur propre fortune, l'or ne leur suffit plus. Ils aspirent à asseoir une aristocratie de fortune sur une aristocratie de naissance. Ils ont des millions, il leur faut des ancêtres et remontant le cours des siècles, ils vont

l.M. C. de Varigny. Le Temps, 21 juin 1898.

les chercher très haut et très loin sur les plus vieux trônes d'Europe, achetant à beaux derniers comptants d'apocryphes parchemins pour eux et d'authentiques blasons de princes et de marquis pour leurs filles ».

Un livre publié par un certain M.Chs. H. Browning, sous le titre de (1) Américains de descendance royale », porte à plus de trois mille trois cents, le nombre des familles américaines dont les ancêtres ont occupé des trônes. Pour deux cents de ces familles les ancêtres paternels et maternels sont également de sang royal. Nul doute que les Astor, les Pullitzer, les Pollack descendent du roi David. Quant aux 75 rois qui ont ré()né sur l'Irlande, comme nous Pavons vu plus haut, du troisième siècle jusqu'au moment où Henri II prit le titre de lord de l'Irlande, ils doivent avoir une vaste descendance.

Parmi les Irlandais qui ne renient pas leur origine un grand nombre se déclarent de sang royal.

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La vanité que j'ai appelée « altruiste » est un produit absolument américain et qui ne se ren-

\. Americans of royal descent . Families whose lineage is iraced ta the legilimate issue of kings, by Gh. Bi'owQing, member ot' the American historical association Philadelphie, 1891).

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contre guère ailleurs; elle consiste dans la manie de donner des titres honorifiques ou autres à ceux qui vous entourent et de distribuer avec profusion les appellations de « Colonel, Capitaine, Professeur, Docteur, etc.» Elle a sa source, pour une part, dans le sentiment d'importance par répercussion dont se sent pénétré un citoyen qui peut causer familièrement avec un personnage répondant au titre de colonel, pour une autre part dans un certain désir de plaire, et cela sans se déranger, sans qu'il en coûte.

Si la vie sociale est fort peu développée aux Etats-Unis, en revanche les rapports entre hommes sont empreints d'une franchise et d'une rondeur familière qui ne sont pas sans charmes. Ouvriers et hommes d'affaires, les Américains sont tous l'un ou l'autre, se rencontrent sans morgue d'un côté, sans servilité de l'autre ; les conversations sont brèves, car on n'a rien à se dire et le temps est précieux, mais elles sont généralement cordiales. Voici venir à l'enconlre l'un de l'autre dans la main street d'une petite ville, M. Thomas qui cumule les fonctions de commissaire priseur et de juge à la cour des plaids communs et M. Murphy, dentiste; tous deux marchent rapidement à la mode du pays ; lorsqu'ils s'aperçoivent la figure de chacun s'épanouit largement, un bon sourire l'illumine : « Halloo Judge ! HallooDoc !

Enchanté de vous voir. Beau temps !». Ils ne portLMit pns In main à leur chapeau, mais se don-

neiit un bon Shake-hand et reprennent leur marclie rapide,satiâfaits l'un dePaulre. Murphy,le dentiste, est toujours fier de s'entendre appeler Doc (abréviation de Docteur) et Thomas d'être salué (lu titre de juge. Ilalloo est la formule ordinaire (lu salut ; mais ces deux syllabes seules sont trop brèves, ailleurs qu'au téléphone ; on les fait suivre du prénom de l'ami à qui Ton s'adresse ou (le son titre ; de sorte que le besoin d'équilibre phraséologique est aussi pour quelque chose dans celte collation (jénérale de titres professionnels ou militaires.

M. Thomas dont j'ai parlé a été nommé juqe par la législature ou élu par le peuple, il remplira cette fonction pendant deux ans, mais il restera toute sa vie « le juge Thomas ! », et, on ne le saluera plus désormais que par « HjjUoo Judge 1

Je connais un général qui n'a probablement jamais touché à une épée. M. Frogson, banquier très honorable, ayant rendu d'importants services à son parti, le gouverneur de l'Etat où il demeure, organisant (pour la forme) sa maison militaire, il y a de cela une vin(ftaine d'années, luioclrcjya le grade de capitaine. Pendant les deux années f[iie durèrent ses fonctions, le capitaine Frogson n'etil probablement pas l'occasion de se montrer eu public dans le magnifique uniforme qui eut été le sien; mais pour tout le monde il resta le capitaine Frogson; ses amis en le rencontrant lui disaient : Ilalloo Captain !

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