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le sens de l'harmonie et de l’urion. Les chartes primitivesaccordées par la couronne d'Angleterre, étaient loin de limiter d’une manière précise le terrain concédé ; celles du Massachusetts, du Connecticut, du New-York, des Carolines portaient la mention « Depuis l'Atlantique, à l’ouest, en ligne droite, jusqu’aux mers du sud » ; celle de la Virginie. « Toute la vallée du Mississipi, à l’ouest de la Pennsylvanie et du New-York » ; de sorte que ces Etats avaient sur d'immenses étendues de forêts, des prétentions rivales également justifiées et qui auraient pu donner lieu à d'interminables querelles. Sous la pression des principaux hommes politiques du congrès, ils cédèrent leurs droits au Gouvernement fédéral et les « Territoires du Nord-Ouest » devinrent la propriété de la nation. La possession d’un domaine commun a été, comme je l'ai dit, le principal lien entre les Etats et a constitué pour la République une sorte de soupape de sûreté (1).
La querre soutenue pour lindépendance et la liberté, la législation égalitaire que Jeffrson avait fait adopter en Virginie, l’influence des « Niveleurs de l'Est » ainsi qu’on appelait souvent les Puritains, le courant d'idées nouvelles qui pendant cette époque agitée avait pénétré la nation, toutes ces causes semblent avoir produit
1. Le mot Commonwealth appliqué souvent aux Etats- Unis et à l'Australie signifie « richesse commune ».
dans les Etats du Sud, une réyénérescence sociale aussi bien que politique. Les rapports entre les Geatlemen et un bonnombre de Petits Blancs avaient nécessairement changé de caractère, ils étaient devenus ceux d'officiers et de soldats; le sentiment de la solidarité avait atténué l’exclusivisme de caste. L’ambition individuelle, le désir de se créer un patrimoine avait germé et s'était développé chez l’ancien tadented servant, en même temps que les vastes espoirs entretenus pour la patrie commune qui faisaient le thème des discours des orateurs populaires. Le soldat du Sud ignorant, grossier, abruti par l’oisiveté avait appris au contact du soldat de PEst, que le travail ne déshonore pas, que la supériorité ne consiste pas dans la naissance mais dans la possession du bien-être ou de la richesse et il s’était dit que, dans un territoire lointain, il pourrait se constituer un domaine et se refaire une identité. Une nouvelle sélection se fit; dans la Virginie, le Maryland, les Carolines les chefs de famille, les planteurs ou petits propriétaires dont la fortune reposait sur des bases solides et les Z’etits Blancs incapables de tout eflort énergique n’émigrèrent pas. Le reste de la population s’en alla dans l'Ouest. Ainsi dans la seule année 1784, il paraît que plus de 30.000 colons passèrent de la Virginie dans le Kentucky. Un bon nombre d’entre eux étaient des soldats. Lors du recensement de 1840, il fut constaté que 900 Kentuckiens âgés de
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78 à 109 ans, recevaient encore une pension militaire (1).
Les soldats, ainsi que nous l'avons vu, avaient reçu lors de leur licenciement, une prime fort importante en argent, plus cent acres de terre. L'acquisition du terrain était, en outre, excessivement facile. Tout individu qui avait demeuré un an, antérieurement au mois de mars ‘780, dans un des territoires dépendant de la Virginie se trouvait propriétaire de 400 acres ceterre etavait un droit de préemption sur mille acres attenant à son domaine. A partir de 1780, ce droit d'eccupation et de préemption fut remplacé par lachat direct du gouvernement fédéral. Le colon payait les frais d’arpentage, une somme insignifiante au Trésor, et n’avait qu’une simple formalité à remplir, faire inscrire sa propriété au Bureau des terres publiques. Souvent il mesurait lui-même le terrain et en indiquait les bornes, en gravant ses initiales sur l'écorce des arbres. Ces bornes étaient généralement respeciées. Cependant, comme aucun plan ou cadastre des territoires nouveaux n'existait encore, les désignations inscrites au Bureau des terres étaient nécessairement très vagues et il arrivait que la propriété de cen' acres d'un pauvre colon, se trouvait enclavée dans celle de cent mille acres d’un spécu-
1 N. S. Shaler, History of Kentucky, p. 21 (Boston, 1888).
lateur. De là un grand nombre de longs et coûteux procès,
Dans la région de l'Ohio qui forma le premier domaine fédéral et qui comprend aujourd’hui les Etats de l'Ohio, de l'Illinois et de l’Indiana, les terres furent distribuées de la même manière.
Un tableau comparatif de l’augmentation de la population dans les différents Etats et territoires, pour la décade 1790-1800, nous indique à peu près en quelles proportions se fit l'exode des anciennes colonies vers les régions nouvelles ouvertes à la colonisation.
En 1790 En 1800
Population du Massachusetts... 978.787 422.845
— Connecticut...... 237.916 251.002
— District du Maine. 96.540 151.719
— New-Hampshire.. 141.885 183.858
— Rhode-Island..... 08,825 69.1::2
k — Vermont ........ 85.425 154.465 18 — New-York....... 310.120 589.051 À L — Delaware........ 59.096 64.273 Œh: — New-Jersey.... . 182.139 211.149 [Ie 1 — Pennsylvanie. .. 431,373 602,365 HE Virginie......... 747.610 880.200 — Maryland........ 319.728 911.948
— des deuxCarolines 642.824 823.691
Géorgie.......... 82.948 162.686
— Kentucky........ 73.677 220.955
—— Tennessee....... 39.091 105.602
— OM chrréseinanientnesret 45.365
— District de Colombia......... 14.093
— Territoire de l’Indiana,...... 5.641
— Mississipi. . ., se. sooosoosree 8.850
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En déduisant de la population totale de l’Union en 1800, le chiffre de l'immigration étrangère qui, pendant cette décade n'aurait été, paraît-il, que de 15.000 personnes par année, nous nous trouvons avec une augmentation moyenne d'environ 31/100.
Dans la Nouvelle-Angleterre le Massachusetts, le Rhode-Island, le Connecticut aux terres peu fertiles restent au-dessous de la moyenne, le New-Hampshire, état essentiellement agricole l'atteint presque et le district du Maine la dépasse.
Le Vermont qui avoisine la frontière du Canada était un Etat de fondation récente. Pendant la querre avec les Canadiens, les soldats des provinces de l'Est qui y avaient des avant-postes avaient été frappés par la richesse du sol, la beauté du paysage et à partir de 1760 s’y étaient établis en nombre considérable ; les terres leur étant concédées simultanément par le New- York et le New-Hampshire qui affirmaient sur ce territoire des prétentions rivales et qui s’en disputèrent la possession pendant près de trente ans. Vers 1775, un nommé Allen se constitua le chef du pays et convoqua une assemblée de représentants laquelle se mit à concéder également des terres et à édicter des lois, sans aucune connexion avec le Congrès. Les habitants avaient d’abord été connus sous le nom de Green-Mounlain boys (Enfants des montagnes vertes); plus tard ils avaient traduit ce nom en français, Vert
Mont ou Vermont(1). Le Vermont accepta la constitution des Etats-Unis et fut admis, comme Etat, dans l'union, malyré l'opposition du New- Hampshire et du New-York, en 1791, à peu près vers le même temps que le Kentucky. Tous ses colons lui vinrent des autres Etats de la Nouvelle-Anyleterre.
L'auymentation de la population a été marquée, pendant cette décade, dans la Pennsylvanie et le New-York où se concentrent surtout, alors, la vie publique et l’activité politique. Les Puritains, en nombre considérable, se sont établis au cours des trente années qui ont suivi la querre, à New-York et autour des grands lacs, entrainés par leurs goûts nautiques et prévoyant que c’élait là que le commerce rapporterait les plus gros bénéfices, L'Ohio a été principalement colonisé par des Allemands venus de la Pennsylvanie. C’est la Virqinie, le Maryland, et les Carolines qui ontfourni le plus grand nombre de Colons au Tennessee, à la Géorgie, au Kentucky, au district de Colombia et à l’Indiana. L’importation des Noirs comblait rapidement les vides qui se faisaient dans la population de ces E'ats esclavagistes. De 1795 à 1804, d’après Bancroft, le nombre des Nègres transportés en Amérique par les seuls armateurs de Liverpool s’est élevé à 323.370.