LA << BRETAGNE » DE GUSTAVE GEKFHOY
ait tourné enfin ses regards vers la Bretagne. Un tiers seulement du livre, il est vrai, était consacré à celte province. Mais le sortilège avait commencé d'opérer : M. Geffroy était désormais prisonnier de la fée et elle est de celles dont ne se relâchent point aisément les liens. Pays d'Ouest était paru à peine qu'on annonçait un nouveau livre de l'auteur sur la Bretagne et, celte fois, pour qu'aucune équivoque ne subsistât, le livre empruntait son titre au pays même qui l'avait inspiré.
Cadre somptueux, illustrations abondantes et variées, — les photographies de M. Paul Gruyer n'ont pas quun intérêt documentaire et valent souvent mieux que des compositions originales, — rien ne manque à la Bretagne de M. Geffroy. Nous n'avions jusqu'ici, sur cette province et dans ce format, que les massifs in quarto de Taylor et de Jules Janin. Ce ne sont plus depuis longtemps que des curiosités archéologiques. Et, des livres qui aspirèrent à les remplacer, comme la Bretagne de M. Robida ou les Zigzags en Bretagne de M. Dubouchet, on peut louer la brillante illustration ou la parfaite exécution typographique : il est difficile de leur accorder davantage.
Un livre illustré de grand luxe sur la Bretagne qui fût, en même temps qu'une œuvre d'art, une œuvre de documentation et une œuvre de lettré, voilà ce que nous appelions de tous nos vœux et que nous donne aujourd'hui M. Gustave Geffroy. Et c'est au sortir d'un tel livre, monument de patience et de savoir orné, où collaborèrent le poète, l'érudit. l'amoureux, le sociologue et l'artiste, qu'on peut mesurer tout le chemin parcouru depuis Alain Bouchard, chroniqueur breton
LA « BUETAl^.Ni: » DE CUSTAVE GEFFHOV (17
de la fin du XV' sièclo, à qui l'on doil. si je ne m'abuse, la première descriplion en langue vulgaire du pays « jadis appelé Anuorique, situé es extrémités d'Occident, vers la fin de l'Europe, et de la forme d'un fer à cheval dont la rotondité est circule à soleil, resconsant de la mer Océane et de gros et dangereux rochiers qui sont chascun tout couver et deprouvey de la mer ».
Bouchard, sans doute, ne visait qu'à meubler son lecteur des notions topographiques les plus essentielles : toujours est-il que sa description n'a pas trop vieilli et pourrait s'appliquer encore, dans ses traitsgénéraux, à la r^relagne d'aujourd'hui. Les « landes et montaignes"» dont parle le maître des requêtes du duc François II et où «engraisse force bestiail », nous les retrouverons à quatre siècles de distance chez M. GefTroy, et aussi les « forests peuplées de venaison » et les « lieux mynières d'argent, plomb et fer » et d'autres, « devers occident ■>, où « on faict le sel par singulière industrie ; car, à ce faire, n'y a que l'eau de la mer et la vertu du soleil ». Mais Bouchard parlait de ces merveilles en robin ; la couleur locale, le sentiment de la nature sont des acquisitions récentes et dont ne s'embarrassait point encore le cerveau des gens du XV" siècle. M. GefI"i-oy appartient au contraire à une génération « pour (|ui le monde exté rieur existe », suivant la forte expression des Goncourt. Il sait voir et il excelle à rendre ce qu'il a vu. Et il est bien certain aussi qu'il y a des choses qu'il voit comme tout le monde et comme elles sont, et d'autres qu'il voit comme les pouvait voir seul M. Geffroy et comme