‹ L'âme bretonneChapitre 31 sur 58 · I.A HI.Mt..\Alln.\ KKIiTuNMi · texte numérisé non relu

I.A HI.Mt..\Alln.\ KKIiTuNMi

loiletle iiiodenie, la France pour une monarchie el le duc de Vendôme pour le généralissisine de nos ar" mées. 11 y a plusieurs manières de travailler à Tengourdissemenl cérébral d'un peuple, dont la moins originale ni la moins efficace n'est pas celle qui, sous couleur d'instruire, ne vise à imprégner l'esprit que de notions fausses et surannées...

l/extraordinaire est qu'ayant été si souvent la dupe de ses pseudo éducateurs, le Breton ait gardé la même loi candide dans les vertus de la lettre iniprimée. « Le moyen de contester ce qui est moulé? » dirait il volontiers avec le Clitidas des Amants miKjnijiqucs. W ne [)avait point soupçonner que le livre, l'article de journal, l'afliche électorale, même la complainte en méchants vers boiteux qu'il achète dans les foires, peuvent èlre empoisonnés ; sa noblesse native répugne à supposer le mensonge, surtout le mensonge intéressé, chez les personnes d'une condition sociale — et donc d'une instruction — supérieure à la sienne. L'éternel berné qu'il est, quand il comprend sa méprise, préfère, par pudeur, garder le silence, se résigner.

/ocutnfj, ha loskotiif) peh-anan

Da heuill lie chanz war ar hed-man...

- Taisons-nous et laissons chacun — suivre sou destin en ce monde. ^' Qui parle ainsi? Le chœur, interprète du sentiment public, dans un vieux drame sacré du XVIF siècle (Sainte Tréphine ft le roi AHur) qui met en s<^ène de^^ ouvriers macr>n«; vn<;';p'ï pnr le

ll^) LA KÉSir.?yAriOiN BHEÏONNL

1res noble Kervoura. Les strophes précédentes avaient des grondements à" Internationale :

Que l'ouvrier repose^ il est battu :

Qu'il travaille, il ne l'est pas moins. Ces seigneurs, ils sont les fils du diable Et nous les damnés de la terre (1)...

()n attendait, au refrain, un cri de révolte, de colère : '< Taisons-nous », dit le chœur. Dernier mot de la philosophie bretonne ! Elle n'a pas changé depuis le XVll'' siècle et c'est bien là-dessus qu'on spécule en certains milieux. Nulle part, l'alcool aidant, l'exploitation de la pauvre bête humaine n'a été poussée aussi loin qu'à bord de certains navires islandais ou dans ces sècheries saint-pierraises, dont le personnel, âgé de i3 à 16 ans et recruté parmi les petits meurt-defaim des Cùtes-du-xNord, mangeait au même baquet, couchait sur la même litière et, pour six mois de labeur exténuant, sous le fouet des maîtres de grave, s'estimait lieureux de rentrer au logis à la tète d'un pécule de quarante sous (2,.

Si la mort est parmi les inévitables échéances qu'une telle race, de tout temps, envisagea sans frayeur et

(1) Les mots soulignés sont en italique chez Guillaume Le Jean, dont j'emprunte la traduction {La Bretagne, son histoire et ses historiens. .Nantes-Paris, 1830). Ils ne se trouvent ni chez Souvestre, dans les extraits qu'il a donnés de Sainte Trcphine, ni dans la version de Luzel, revue par l'abbé Henry.

(2) Voir, dans nos Métierit pllfnrpsquex , le chap. Une Traite d'enfants au XX*' siècle.

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presque avec une secrèle allégresse ou lonl au moins uiio sorte de curiosité, d'attente passionnée de son inconnu, de ses revanches escomptées et certaines, il n'y a pas lieu, ce semble, de s'en étonner outre mesure. C'est la pensée de la mort qui fait le sel de la vie pour le Breton et je crois que, sans elle, il n'estimerait point que la vie valût d'être vécue. Le jour qu'il aura la certitude qu'on l'a encore leurré et que la mort no lui réserve aucune revanche sera un jour fâcheux pour la société : par les explosions démagogiques de Brest, de Lorient et d'Hennebont on peut prendre un léger avant-goût des félicités qui nous sont promises ce jour-là. Les résignés d hier se révéleront des insurgés à tous crins et découvriront enfin le fond de leur vraie nature, comprimé, étouffé par le sentiment de leur impuissance au cours des siècles...

Car les « silencieux », amiral, ne sont pas néces- :>airement des consentants. Et l'état normal du Celle, sa fonction véritable est la révolte. Rappelez- vous Pélasge, Abélard, Renan, Broussais, Lamennais et cet anarchiste de Chateaubriand.

CHAKMEKS ET OSSl AIRES

.4 Félix Ollivier.

Il y a décidéiïieiit, dans l'insistance de certains journaux à ressasser Thisloire du chef de Yan'Dargent, autre chose que du mauvais goût et, si un ecclésiastique n'avait été mêlé à celte histoire, tout donne à penser que le tapage aurait depuis longtemps pris fin (1).

L'embarras du procureur de Morlaix, qui voudrait bien poursuivre et qui n'ose, est fort significatif à cet égard : ce magistrat s'est épanché dans le sein des reporters et leur a confié qu'il était bien regrettable qu'aucun texte de loi ne permît d'atteindre le curé de Saint-Servais, mais que la justice était désarmée et ne

(1, On sait que, Yan'Dargent ayant demandé que sou " chef» ou. Crâne fût placé après sa mort à côté de ceux de ses parents dans l'ossuaire de Saint-Servals, qu'il avait à cette intention décoré de grandes fresques symboliques, son lils, M. Ernest Dargent, fit procéder, en 1907, à l'exhumation du cadavre paternel A l'ouverture du cercueil le corps s'offrit dans un état de conservation inattendu. Il semblait momitié ; la tète tenait au tronc. M. l'abbé Guivarc'h, recteur de Saint-Servais, dût la détacher et s'aider, pour cette « décollation », d'un couteau. Il n'en fallut pas davantage pour que la justice fût sommée d'informer. — On nous annonce, au dernier moment, que l'information est reprise.

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pouvail raisonnablement assimiler à une vi(>lation de sf'pullure l'ouverture du cercueil de Yan'Dargent.

Qui sait lire entre les lignes sera tout de suite édilié par la déclaration du magistrat morlaisien : elle a l'ingénuité d'un aveu ; elle ramène à ses véritables proportions un fait-divers démesurément grossi par la passion anticléricale : elle n'en laisse subsister que le ctUé un peu macabre. Mais connaissez-vous des ouvertures de cercueil qui ne soient pas macabres? Et, enfin, Saint-Servais est en France, mais il est surtout en Bretagne où la mort a ses traditions et ses rites qui ne sont point les traditions et les rites en usage à Pantin ou à Ménilmurhe.

De fait rien ne ressemble moins à ce qu'on appelle sur les boulevards extérieurs " le champ des navels » qu'un cimetière de la campagne bretonne. Sous couleur d'hygiène, presque partout, au moins dans les villes, on a éloigné les morts des vivants : on les a relégués en de lointaines banlieues, l^eur voisinage infligeait de trop fortes secousses à nos nerfs de citadins et peut-être aussi qu'en consommant la séparation des deux ordres d'existence on espérait enlever au spiritualisme son meilleur argument sentimental.

Le programme ne s'est point exécuté aussi facilement en Bretagne où une séparation trop brusque n'eût pas manqué de rencontrer de grandes résistances : sans doute un certain nombre de vieux cimetières ont été désafTectés (Plestin. Plouha. Lesneven.

12J2 CHARNIERS ET USSUAIREP

Paimpol, Plouaret, elc), mais la plupart de nos petits bourgs bretons ont continué de vivre dans l'intimité des morts. Le cimetière qui fait couronne à Fégiise, cœur du village, y est comme une cité au milieu de la cité. Et c'est la cité définitive au milieu de la cité transitoire Fief indivis delà j-ace et son patrimoine le plus certain, vers elle convergent toutes les pensées et TefTort artistique des générations, rivalisant pour lui donner la splendeur qui convient aux manifestations de l'âme collective.

A Sizun, à Berven, àLampaul, à Telgruc, à Plogonnec, à La Martyre, à Sainte-Marie-du-Ménéhom, etc., on pénètre dans le cimetière par de véritables arcs de triomphe ; à Saint-Tliégonec, d'énormes piliers avec niches, pilastres, boules godronnées, surmontés de doubles lanternons et de croix, font un portique incomparable, digne des plus fastueux campi-sanli, au champ de repos d'un village de 400 âmes. Et, dans ce champ même et dans ceux de Guimiliau, Quilinen, Saint-Jean-du Doigt, Runan, Gurunhuel, Pleubian, Loguivy, etc., que de merveilles accumulées I Quelle entente de la décoration funèbre et des motifs les plus propres à composer une belle synthèse architecturale 1 Peu ou point de ces mausolées prétentieux qui consacrent une mémoire individuelle et passagère ; mais d'humbles dalles, de petits tumulus anonymes cerclés de coquillages et de galets. Efîacement volontaire, et qu'on voudrait voir imposé partout, pour ne pas contrarier l'élan, nuire à l'effet de la merveilleuse flore de granit épanouie sur le prosternement des tombes : fontaines miraculeuses aux vasques superposées,

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chaires à prcilicr en plein venl, oraloires pour « U' chemin de croix », calvaires qui déroulent sur leurs frises le drame entier de la Passion, porches ouvragés de la Renaissance, comme détachés de l'église et dont les stalles de pierre servaient jusqu'à la Révolution aux réunions des fabriques et des o assemblées syndicales à l'état de commun ■> !

Sous le porche de Trégastel, Tieil des notables, par une meurtrière, pouvait plonger dans l'intérieur d'un édicule en forme de rotonde où étaient, oîi sont encore entassés, pêle-mêle, des tibias, des fémurs, des vertèbres, des crânes. . Karnel dn lahat esqaern an PohI (charnier pour enfermer les ossements du populaire , lit-on, à Pencran. sur un édicule analogue.

11 s'agit bien en effet dun charnier, d'un ossuaire, de proportions moins vastes que celui qui, à Paris même, jusqu'en 1780, alignait ses galeries à jour sur l'emplacement du square des Innocents. Kt ces ossuaires, plus encore que les calvaires à personnages, les chaires en plein vent, les porches, les chàleauxd'eau, les oratoires, donnent aux cimetières bretons une physionomie d'un autre âge. Ciselés comme des châsses, dont ils reproduisent fréquemment la disposition extérieure, tantôt, comme àLampaul, Pleyben, Braspartz, Guimiliau, Sizun, etc., ils sont indépendants de 1 église et tantôt ils font corps avec elle Trégastel, Saint- Yvi, Plonéis, Guengat, Combrit) ou .^;'{^ml)oitent dans le poi-liqued'entrée S:\inl-Tliegoiiiiec,

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