JEANNE FUT-ELLE BERGERE
dit magno modo) qu'elle était à la garde du bétail, lorsque Dieu lui commanda d'aller sauver la France.
Dunois a raconté que, peu après le sacre, un jour que Jeanne, allant à la Fer té, chevauchait entre lui et l'archevêque de Reims, elle dit à celui-ci : « Plût à Dieu que je puisse revenir chez moi pour servir mon père et ma mère en gardant leurs brebis.» Evidemment, elle n'aurait pas parlé ainsi si elle n'avait pas déjà mené cette vie à Domremy.
Il faut rapprocher de ces paroles de Jeanne les témoignages de ses contemporains qui l'ont connue dans son enfance. Or, la plupart nous disent qu'elle gardait le bétail, ce qui n'est pas en contradiction avec la déclaration de lajeune fille, disant seulement que ce n'était pas son occupation habituelle .
D'ailleurs, plusieurs de ces témoins précisent qu'elle s'acquittait de ce travail quelquefois, de temps en temps.
Jean Morel, laboureur, interrogé sur les occupations de l'enfant, répond : « Elle filait, allait à la charrue et quelquefois gardait le bétail. »
Béatrix, veuve d'Estellin le cultivateur, dit : « Elle filait le chanvre, la laine ; elle allait à la charrue et aux moissons ; quand c'était le tour de de son père, elle gardait le bétail et le troupeau du village. »
Jeannette, femme de Thévenin le charron : « Elle filait le chanvre et la laine, et quand c était le tour de sa famille, elle gardait le bétail à la place de son père. »
Jeannette, veuve de Thiesselin, clerc à Domremy : « Elle filait, faisait ce que demande le ménage, et quand le tour de son père arrivait, gardait le bétail. »
Gérardin d'Epinal: « Quand elle était à Neufchàteau, elle gardait les bêtes de son père. »
Isabelettc, femme de Gérardin : « Elle filait, remuait la terre avec son père, vaquait aux travaux du ménage, et quelquefois gardait lès bêtes. »
Nous retrouvons les mêmes détails dans les dépositions de Bertrand Lacloppc, couvreur ; de Thévenin, le charron ; de Pcrrin, le drapier, sacristain; de Jacquier, cultivateur; de Jean Mocn ; de Mengette et d'Hauviette, les deux compagnes et amies intimes de Jeanne ; de Colin, laboureur; de Jean Waterin, laboureur; de Simonin Musnier, laboureur ; de Jean Jacquard, laboureur; de discrète personne, Henri Arnolin, prêtre; de discrète personne, Dominique Jacob, prêtre.
Voilà dix-neuf témoins qui ont connu Jeanne toute petite et qui affirment, sous la foi du serment, qu'ils Vont vue garder les troupeaux.
Il existe d'autres témoignages intéressants à cet égard. Le célèbre poète Alain Chartier écrivait