Marro
4. Voir Revue Internationale de V Enseignement, XXXIV, p. 170.
5. Voir entre autres observations et mesures celles de Cl. Wissler : The growth of boys : corrélations for the annual incréments {Amer. Anthropoloigist Washington, 1903, n» 1, p. 81) ; voir dans St. Hall tout le chap. Ier, surtout les tables de la p. 7.
commence à se préciser; comme dit Rousseau, «elle s'empreint d'un caractère ». Jusque-là, les traits du visage, tout en étant, à certains égards, moins indécis que ceux de l'adolescent, représentaient un échantillon plus ou moins fidèle de la race ou de la famille ; mais déjà s'accusent les différenciations individuelles, d'autant plus expressives de la personnalité naissante que les yeux commencent à se détourner du monde extérieur pour regarder au dedans et réfléchir avec une candeur encore étonnée des désirs tellement vagues et inaccoutumés qu'ils en apparaissent presque comme étrangers.
« Une longue inquiétude, dit Rousseau, précède les premiers désirs ; une longue ignorance leur donne le change ; on désire sans savoir quoi. » Il me semble que ce dernier trait résume la psychologie de l'enfance prépubère : la paix intérieure, le contentement de soi et d'autrui, états habituels de l'âge précédent, font place par intervalles à des accès de mélancolie, à une sorte de déchirement intérieur que traduisent au dehors des larmes sans cause, des plaintes injustifiées, des paroles ou des actes agressifs contre les parents, les maîtres, etc. L'humeur devient irritable, au point que des sujets jusque-là pacifiques prennent pour un temps l'habitude de se hérisser en une attitude belliqueuse qui leur fait échanger avec les camarades plus de coups de poing en un an que pendant tout le reste de leur vie. Je n'ai guère connu d'enfants patients à cet âge ; par contre, j'ai pu en observer de très acariâtres, tel un collégien dont l'adolescence devait faire un timide, mais qu'à treize ans ses condisciples avaient surnommé le batailleur. A la docilité, faite surtout d'indifférence, qui a été signalée plus haut, se substitue non pas encore l'esprit d'initiative, mais un mélange de désinvolture capricieuse et d'engouement passager vis-à-vis des objets proposés à l'activité physique ou mentale. « Un changement dans l'humeur, des emportements fréquents, une continuelle agitation d'esprit, rendent l'enfant presque indisciplinable » 1 d'autant plus que des variations brusques dans l'état cœnesthésique modifient assez fréquemment les dispositions intimes du sujet