Confession d'un enfant du siècle
môme principe, de la subordination des relations logiques aux exigences du sentiment. Par là s'expliquent à la fois les contradictions où d'un moment à l'autre tombe le plus intransigeant des jeunes dialecticiens et la conviction sincère qu'il met à soutenir avec les pires arguments les causes les plus fragiles Le principe de finalité qui, d'après M. llibot 2, régit toute la logique des sentiments, commande presque toujours en secret au mouvement de la pensée adolescente. Tandis que dans le raisonnement ordinaire la série des arguments conditionne la conclusion, dans la logique affective, la conclusion conditionne la série 3. Le garçon le plus épris de dialectique disserte ou discute, non pour savoir ce qui est vrai, juste ou convenable, mais pour prouver que ce qu'il pense est vrai, juste ou convenable. Aussi le plus souvent ce goût est-il accompagné par des dispositions marquées à user des procédés de l'art oratoire, en particulier des moyens recommandés parles classiques pour stimuler les émotions. C'est à bon droit que l'ancienne classe de rhétorique était considérée avec la philosophie comme achevant l'éducation intellectuelle de l'adolescent. Si elle avait le défaut, fréquent encore à l'étranger \ d'insister outre mesure sur les formes de l'expression, isolées artificiellement des idées à exprimer, elle répondait par là même à une nécessité psychologique, puisqu'à un certain moment de l'évolution juvénile, la connaissance se résout pour l'esprit en un système éphémère de formes verbales où le mot et la chose ne font qu'un. Comme les sophistes grecs, les jeunes gens combinent l'éloquence et la dialectique ; les discours échangés dans leurs réunions tiennent à la fois de la polémique, du plaidoyer et de la controverse; les usages parlementaires y sont l'objet d'une imitation et d'un respect scrupuleux, comme on peut s'en assurer en assistant aux congrès d'étudiants et, mieux encore, aux parlottes que les candidats aux Écoles tiennent dans un coin de la cour du