Cf. St. Hall, II. 467 sqq
presque jamais l'équivalent chez les enfants ou chez les adultes. Il suffit qu'une formule soit typographie'e pour qu'elle acquière aux yeux des jeunes lecteurs une valeur supérieure à toute critique. Que de fois il m'est arrivé pendant les corrections de devoirs de m'attirer cette réponse : « Mais, monsieur, j'ai trouvé cette expression dans tel livre. . . » Et à beaucoup d'élèves il entre difficilement dans l'esprit que cette caution n'offre pas toute garantie pour la justesse de l'idée, la propriété des termes. Il n'est pas rare d'en trouver qui substituent à de bons développements dont ils sont les auteurs, des lieux communs puisés dans des manuels. Même chez les plus sincères, les formules livresques sont autant de cadres où doit entrer le réel pour être pensé : les spectacles naturels les intéressent d'autant plus qu'ils leur fournissent l'occasion de citer ou du moins de se rappeler quelque passage favori. Quant à leur vie intérieure, sa plasticité lui donne beau jeu pour se modèler a l'image des formes qu'ils ont admirées dans les livres. 11 faut sans doute rattacher au même trait de caractère l'habitude assez fréquente qu'ils ont de parler par aphorismes, de donner à leurs jugements les plus familiers une forme didactique et impersonnelle.
Cette tendance à interposer un texte imprimé entre leur pensée et son objet se manifeste aussi bien dans l'acquisition des connaissances scientifiques que dans les exercices littéraires. Pas plus qu'ils n'ont besoin d'avoir vu une tempête ou éprouvé la violence des passions pour en parler avec éloquence, ils ne considèrent comme indispensable l'observation des faits naturels que les sciences positives ont pour tâche d'expliquer. Dans l'un et l'autre cas, les signes des choses, les mots-concepts leur suffisent.
C'est pour ce motif peut-être qu'en mathématiques ils préfèrent en général l'algèbre à la géométrie, les démonstrations aux problèmes dont les données supposent des connaissances expérimentales. Quelques-uns, ceux qui ont la « bosse », goûtent un plaisir visible à écrire au tableau des séries interminables d'égalités, savamment déduites, mais où ils ne voient qu'une « réussite )> plus ou moins difficile, à la façon des mathématiciens des xvie et xvne siècles qui luttaientde subtilité pour poser et résoudre
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des problèmes compliqués, mais ne songeaient pas à utiliser les relations ainsi trouvées pour le progrès des sciences expérimentales. M. Buquet, directeur de l'École centrale, se plaignait 1 que les jeunes gens venant des lycées, très forts en analyse, ne comprissent rien aux applications, ni même au but de leurs formules. Il est à peine besoin de faire remarquer l'analogie que la dialectique de la quantité offre avec le raisonnement logique si cher aux adolescents. Dans les deux cas, même possibilité pour l'intelligence de se suffire seule, même incompréhension de la complexité indéterminée, et aussi même hardiesse pour imposer a priori à la nature et à la société des catégories rigides d'où le donné s'écoule à pleins bords. Ajoutons que l'invention en mathématiques est plus précoce que dans les autres sciences, comme l'attestent les noms de Pascal, Newton, Leibniz, Gauss, A. Comte et bien d'autres.
Dans l'étude de la physique et de la chimie, malgré les apparences, les mêmes dispositions intellectuelles jouent le rôle principal. Au premier abord, il semble que les grands élèves aient une prédilection très marquée pour les expériences. Mais si l'on met hors de compte la curiosité qu'éprouve le civilisé de tout âge en présence des phénomènes naturels qui frappent par leur nouveauté, il reste ceci : d'abord leur maladresse dans la manipulation des appareils est telle que là où le professeur n'exerce pas un contrôle très sévère, la casse revêt des proportions suffisantes pour que dans les petites villes l'administration soit obligée parfois, pour des raisons économiques, de faire en sorte que les élèves se bornent à assister à la préparation de la « cuisine scientifique» sans mettre la main à la pâte. Peu d'entre eux se représentent avec exactitude les conditions d une expérience dont ils ont pourtant suivi tous les détails. A l'appui de cette affirmation, je pourrais citer de nombreux exemples que je dois à l'obligeance de mes collègues de sciences. En voici un tout récent : le professeur, après avoir devant les élèves de philosophie montré par le procédé habituel des deux ballons superposés combien l'ammoniaque est soluble dans l'eau, donne le lende-