‹ L'ame de l'adolescentChapitre 108 sur 234 · Cf. Michelet. Nos fils. pp · texte numérisé non relu

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MENDOUSSE. 10

sont des stimulants assez puissants pour créer dans des intelligences à peine dégrossies le goût des discussions relatives aux causes premières et aux fins dernières. C'est à bon droit qu'à l'Hôtel de Ville de Paris, dans la grande salle des Fêtes, Picard a représenté la Philosophie sous les traits d'un jeune homme qui, la torche à la main, porte la lumière dans une obscure caverne, malgré la résistance des adversaires de la Connaissance1. Seule la jeunesse aujourd'hui possède une foi assez optimiste en la puissance de la Raison pour la croire capable de dissiper par ses lumières propres les ténèbres de l'Inconnaissable. Plus tard l'esprit deviendra trop pessimiste pour ne pas verser dans un agnosticisme qui du coup ramènera à des bornes très étroites le domaine légitime de la dialectique. En attendant, lorsqu'une pensée nouvelle semble devoir éclairer le problème de la Destinée, c'est sur les jeunes intelligences qu'elle rayonne d'abord. Par exemple, parmi les études qui ont rendu quelque temps Nietzsche populaire en France, on peut citer comme ayant été des premières celles parues dans le Mercure de France, le Banquet, la Revue blanche, V Effort et autres périodiques où cherche à se définir l'âme confuse de nos jeunes contemporains. On peut même affirmer qu'il y a plus de souci des problèmes philosophiques dans chacune de ces revues que dans tous les périodiques rédigés exclusivement par des adultes, les publications spéciales mises à part. L'invention est aussi précoce en philosophie qu'en mathématiques et pour les mêmes raisons. A vingt-trois ans, Descartes avait découvert sa méthode et l'application de l'algèbre à la géométrie. A vingt ans, Leibnitz avait écrit le De arte combinatoria et à dix-sept ans une thèse qui fut remarquée 2, sur le principe d'individuation. A dix-huit ans, il songeait déjà à trouver pour la philosophie des idées élémentaires, analogues aux notions mathématiques et permettant de découvrir la vérité par de simples combinaisons logiques. Berkeley, à vingt-cinq ans avait composé la Théorie de la vision, Hume à vingt ans le Traité de la nature humaine.

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