‹ L'ame de l'adolescentChapitre 109 sur 234 · Boutroux. Éd. des Nouveaux essais, p · texte numérisé non relu

Boutroux. Éd. des Nouveaux essais, p

Au même âge Schiller publia Le moi comme principe de la ph ilosophie, Herbart plusieurs essais 1 : on pourrait facilement allonger la liste. Et comme la gestation de ces ouvrages a demandé un certain temps, on est fondé à les considérer comme appartenant a l'adolescence des auteurs.

L'idéalisme prédomine dans ces premières tentatives comme il prédomine dans les essais de nos grands élèves. Enfermés dans leur vie intérieure, comment ne s'enchanteraient-iis pas de l'idée que le monde est leur représentation?2 Essayez de faire comprendre à un adulte de culture rudimentaire que les qualités sensibles ne sont pas dans les choses, il pensera que vous vous moquez de lui ou que vous déraisonnez : un adolescent entre sans effort dans votre pensée au point que les doctrines sur le degré de réalité propre au monde extérieur sont parmi celles qu'il goûte et retient le mieux. D'autre part, certaines questions de logique qu a priori on pourrait juger fastidieuses, telles que l'opposition et la conversion des propositions, sont étudiées avec entrain. Lorsque dans un livre, à la rigueur dialectique se joint l'importance intrinsèque du sujet traité, il se produit dans un jeune esprit le maximum d'effet compatible avec son degré d'intellectualité. Cette influence s'exerce parfois de très bonne heure. M. Langlois, par exemple, n'avait pas plus de quinze ou quatorze ans quand il devint un lecteur fervent des ouvrages de Cournot : « Aucun livre, dit-il, n'a exercé sur moi pendant mon adolescence une action comparable » 3. Il peut arriver que les premières idées acquises ainsi pénètrent l'intelligence jusqu'à devenir des sentiments exclusifs de toute idée contraire; quelquefois aussi, le sujet a été amené par ses habitudes littéraires, par un tour spécial de son esprit, à prendre position sur certains problèmes avant d'en connaître l'énoncé, avant de savoir même qu'ils pouvaient se poser. J'ai connu un élève, le meilleur de sa classe, qui, adonné déjà à la poésie symbolique,

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