‹ L'ame de l'adolescentChapitre 110 sur 234 · Bulletin des Bibl. populaires, février 1907, p · texte numérisé non relu

Bulletin des Bibl. populaires, février 1907, p

accueillit avec empressement Vidée de Rythme de M. Chide, parce qu'il y vit la justification de son antipathie secrète contre l'interprétation rationaliste du réel. Pourtant jusqu'à ce moment il l'avait admise avec une docilité intellectuelle comparable à celle de ïhéetète qui, voulant découvrir la nature de la connaissance, acceptait avec enthousiasme chaque définition provisoire que lui donnait Socrate.

Peu d'élèves de philosophie en effet, malgré les exhortations du professeur, se risquent à opposer une objection aux doctrines exposées : il ne peut guère en être autrement, car le plus souvent le développement qu'ils viennent d'entendre, représente tout ce qu'ils possèdent d'idées sur la question, et ils ne sauraient présenter une autre thèse sans rester courts ou sans sortir du sujet, — à moins que, contraints par la pénurie de leur vocabulaire à se servir des mots employés par leur contradicteur, ils n'aboutissent à leur insu à présenter comme leur la thèse qu'ils prétendent combattre. Mais il n'est pas impossible que les plus personnels soient les plus silencieux, parce que sentant vaguement ce qu'il y a d'erroné ou d'incomplet dans les idées qu'on leur expose, ils ne peuvent exprimer ce sentiment sous une forme intellectuelle qui le justifie. Pour cela une nouvelle intégration serait nécessaire qui demanderait pour s'effectuer un temps considérable ; avant qu'elle ne fût à terme, le jeune émotif-dialecticien aurait non seulement gagné l'escalier, mais encore oublié de quoi il s'agissait, les idées contestées étant venues se fondre en un composé original avec les nouvelles acquisitions relatives au même sujet. Ainsi donc, la lourdeur apparente peut masquer une pensée vivante en qui les concepts ont une tendance à se dissocier des mots et à modifier leur compréhension suivant les exigences des faits perçus.

Mais le cas est rare. Exprimée ou non, la thèse antagoniste est presque toujours empruntée à d'autres doctrines en cours, à moins que purement négative, elle ne traduise un état d'animosité fondé sur des raisons à côté, d'une nature très variable. Si peu d'adolescents sont indifférents aux questions philosophiques, il en est qui éprouvent une joie spéciale à pousser une idée jusqu'à ses conséquences extrêmes, tels les jeunes

Benthamistes dont Stuart Mill dit qu'ils aimaient surtout le côté choquant et paradoxal de la morale utilitaire1. D'autres passent avec rapidité de l'estime au dénigrement ou à l'ironie, ce qui est une autre façon de montrer qu'on est intéressé. Et encore, suivant le mot connu, sont-ils obligés de philosopher pour prouver qu'on ne doit pas philosopher, tel le très jeune auteur de II crepusculo dei fllosofl '2 qui, à la philosophie dont il caricature les principaux représentants, oppose un pragmatisme paradoxal non moins philosophique.

Le dogme et la critique sont chez eux également sincères, lors même qu'ils succèdent l'un à l'autre dans untrès court intervalle. Malgré l'incohérence de leurs idées, une logique rigoureuse unit les états qui à un moment donné se groupent dans la pleine lumière de leur conscience; le divorce entre la pensée et l'action ne commencera pas encore de quelques années ; leurs sentiments et leur conduite, dans la mesure où ils dépendent de leur initiative, supposent presque toujours des théories dont ils sont tantôt la cause, tantôt l'effet, et tantôt l'un et l'autre, par suite des réactions réciproques de l'intelligence et de la vie «... Dans la jeunesse, dit M. Rauh, nous construisons volontiers notre conduite d'après un modèle et un type précorju. Rien n'y est plus commun que de fausser par des théories les sentiments naturels » 3. Quelle que soit la personnalité du sujet, il se représente la vie comme devant s'insérer dans une des catégories tranchées dont se compose sa conception du réel, et il n'attribue de valeur à ses dispositions intérieures que dans la mesure où il se croit le droit de les désigner sous le nom de stoïcisme, épicuréisme, positivisme, etc. , ou de les indentifier avec les formes sociales qu'il admire. Est-il besoin d'ajouter que ces étiquettes désignent des formules d'action qui pour la plupart ne seront jamais vécues? Que survienne un grand deuil •ou une forte passion et aussitôt le frêle échafaudage de concepts se disloque, laissant l'âme désemparée en face du destin :

... Hang up philosopky Unless philosophy can make a Juliet

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