D'après M. Picot
3. Cf. Rey : « Telle que nous continuons à la prononcer c'est quelquechose d'informe, d'irréel, sans rythme, sans articulation, sans vie » (Bull, de la Fédér. nat. des professeurs, mars 1908). — Les Américains au contraire attachent une grande importance à la prononciation exacte du latin, estimant avec raison que pour bien le comprendre, il faut compt-r sur l'éducation de l'oreille aussi bien que sur celle de l'œil (Compayré. L'enseign. secondaire aux Etals-Unis, p. 83).
de la beauté, de leur faire connaître non seulement l'homme en général, mais aussi l'âme d'un peuple et l'image de sa civilisation, on se borne trop souvent à commenter des signes sans rien dire de la chose signifiée.
L'instruction scientifique est souvent aussi formaliste, mais d'une autre façon ; non plus en attribuant à l'expression de la pensée une valeur exclusive se substituant à celle même de la pensée, mais en faisant consister le savoir dans l'analyse et la combinaison des idées plutôt que dans l'interprétation des faits1. La place occupée par les mathématiques dans les programmes français en dit long à cet égard. Au lieu d'être considérées comme un instrument de recherche et de démonstration, elles forment, surtout dans les classes supérieures, un groupe de disciplines intellectuelles, ayant en lui-même sa fin, dont l'importance apparaît comme supérieure à tout autre parce que élèves et professeurs proportionnent implicitement le degré de réalité à celui d'intelligibilité. Dans l'esprit adolescent, naturellement exclusif et raisonneur, l'habitude de tirer des conclusions rigoureuses de données complètes dans leur genre diminue l'aptitude à la science positive, parce que les données du réel ne sont jamais complètes et laissent une large part aux divinations subtiles du sentiment2. Des professeurs de physique m'ont assuré que lorsqu'ils voulaient réagir contre cette tyrannie du calcul, les élèves étaient complètement déconcertés. Herbart3 remarque que l'enseignement des Mathématiques cesse d'être pédagogique dès qu'il constitue par lui seul un groupe d'idées à part, soit qu'il exerce peu d'influence sur la valeur personnelle de l'homme, soit qu'il disparaisse bientôt de la mémoire, comme c'est le cas le plus fréquent. Or l'enseignement étant avant tout identification de l'inconnu au connu, c'est-à-dire raisonnement, il est bien difficile aux professeurs les mieux doués de ne pas
1. Est-ce habitude prise ou tendance naturelle de l'esprit français? Le fait est que beaucoup de professeurs de sciences avouent leur répugnance pour les travaux pratiques auxquels participent les élèves, depuis les programmes de 1902.
2. Cf. John Saint-Blackie. Véducation de soi-même, trad. Pécaul, p. 11 ; M»' de Saussure. Véducation progressive, VII, 4.