‹ L'ame de l'adolescentChapitre 123 sur 234 · Id., p · texte numérisé non relu

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n'ayant plus, comme quand ils étaient enfants, le goût d'élever des chenilles dans leurs pupitres, en sont réduits à contempler la nature dans les images de leurs livres. Et pourtant il serait facile de profiter de leur tendance à la généralisation systématique, pour leur faire reconstituer sous forme de devoir ou de leçon, dans telle de leurs trouvailles, les grandes lignes de l'anatomie et de la physiologie, pour leur apprendre à classer fleurs et bêtes dans des boîtes vitrées qu'au besoin on pourrait exposer au parloir. Est-il utile d'ajouter que des pratiques analogues rendraient la Géologie plus intéressante, qu'il serait peutêtre bon en Paléontologie d'insister moins sur les nomenclatures fastidieuses et davantage sur l'évocation du milieu et du genre de vie propre aux grandes espèces disparues ou bien sur la phylogenèse des types actuels les plus marquants? Mais, dira-t-on, on risquerait, à procéder ainsi, de tomber dans la rhétorique désuète particulière à certains ouvrages de vulgarisation. On pourrait répondre à une telle objection que c'est parce qu'on traite avant l'heure les enfants en adultes, qu'on est trop souvent obligé de tenir aux adultes un langage enfantin. Le tout est de savoir s'il importe plus à un garçon de quinze à dix-huit ans d'apprendre qu'il existe ou a existé quelque part des êtres mystérieux qu'on appelle radiolaires, bélemnites, etc., dont les affaires l'intéressent extrêmement peu, que d'incorporer dans quelques faits précis une conception de l'évolution biologique assez attrayante pour qu'il cherche spontanément à l'enrichir par des études personnelles. La conscience de soi est trop intimement mêlée aux opérations discursives de l'intelligence adolescente pour qu'on puisse espérer l'intéresser à des faits dont la vie et l'humanité sont absentes. Et comme l'homme intérieur devient à ce moment l'objet d'une vive curiosité, il importe de mettre en valeur le rôle joué dans l'histoire par les penseurs, trop souvent sacrifiés aux politiques et aux conquérants, de montrer comment l'homme, s'il est à certains égards le produit des conditions géographiques, a réagi à son tour sur la nature pour l'aménager telle qu'elle est maintenant, et d'insister sur les batailles de l'esprit contre la matière rebelle [causes de souffrance, de misère, de haine, d'ignorance, etc.]

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plutôt que sur les luttes des hommes entre eux1. Dans quelques gymnases allemands, l'enseignement de l'histoire a été orienté dans cette direction. C'est ainsi qu'à Steglitz, près Berlin, « l'histoire véritable commence au second degré, en Quarta. Quel est le but? L'histoire est ici enseignée au point de vue concret ou de la sensibilité (Empfindlichkeit)... D'après M. Lûck, le directeur du gymnase et du séminaire, ce qu'il faut montrer surtout en IVrt, c'est l'homme extérieur, en IIa, c'est l'homme intérieur» 2.

Quant à l'enseignement de la philosophie, de quelque manière qu'il soit présenté, il est rare qu'il ne réponde pas à un des besoins de l'intelligence juvénile. L'exposé dialectique des doctrines et l'analyse expérimentale de la vie consciente sont également goûtés. Peut-être conviendrait-il d'insister davantage sur l'unité à la fois subjective et objective de la connaissance rationnelle, en raison de la spécialisation3 croissante due aux nouveaux programmes et, plus encore, à la progression accélérée de la division du travail dans tous les domaines. Le seul défaut que les adolescents ne pardonneraient pas au professeur de philosophie, est l'indifférence aux questions pratiques que la nouveauté de leur vie individuelle et l'attente de la vie sociale leur fait considérer à bon droit comme d'une importance vitale. La fermentation trouble de leurs sentiments, l'imprécision des nombreuses perspectives qui s'ouvrent vers l'avenir leur font éprouver avec force, sinon avec netteté, le besoin primordial d'une direction éclairée et accepter avec reconnaisse» nce toute forme de pensée, toute marque d'affection s'exprimant dans ce sens. Pour eux, comme dit en substance G. Dawson4, la vie devient une affaire considérable dont il leur importe avant tout de rendre claire la signification encore obscure, comme il leur importe de trouver une méthode permettant de tirer un parti personnel des richesses qu'elle promet. L'éveil du sens moral

1. Cf. St. Hali, II, pp. 130-132. Voir aussi les résultats de l'enquête de Miss Patterson sur le sens historique de 2.237 enfants de 6 à 15 ans, rapportés par St. Hall, II. p. 482.

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