‹ L'ame de l'adolescentChapitre 124 sur 234 · Cf. Michelet. Nos fils, pp · texte numérisé non relu

Cf. Michelet. Nos fils, pp

4. Children's interest in the tfible. Pecl. sem , VII, p. 166.

les porte à se sonder et à craindre des froissements plus ou moins douloureux dans leurs rapports avec les alentours les plus favorables. « L'éveil du sens de la vie comme vécue par autrui et pour autrui crée le désir de devenir une part du grand effort cosmique pour une existence plus complète. » Et l'auteur explique par là le goût prononcé de ses jeunes compatriotes pour l'Évangile. Le fait est que si devant le rationalisme rigide de nos adolescents, les dogmes religieux trouvent peu de faveur, au point que beaucoup d'aumôniers catholiques renoncent à leur en parler, il n'en est pas de même de la conception pratique du divin. Bien que, selon toute apparence, Timmanentisme ne soit pas à la veille de faire partie des programmes officiels, on peut affirmer que des besoins analogues à ceux qui ont créé cette doctrine, sont tellement intenses chez les grands élèves, que la morale laïque, malgré l'influence exercée par les idées de justice et de solidarité, ne produit tous ses effets qu'à condition de faire une large place au sentiment d'une Existence idéale dont chacun peut avoir conscience en proportion de ses efforts vers le bien *.

Au point où nous en sommes arrivés de notre étude, nous

1. St. Hall (II, 151 sqq) s'est efforcé d'exposer dans le détail l'enseignement scientifique qui conviendrait aux adolescents. Voici le résumé de sa doctrine touchant la Physique : A quel point la véritable psychologie 'e l'instruction scientifique est méconnue, la décadence de la Physique, cience naturelle par excellence, le prouve (p. 154). Quelle en est la ause ? sans doute la violence faite aux besoins essentiels de l'âme adoescente. Car :

1° La Physique a ses saints, ses héros, ses annales, d'où résulte un seniment du progrès apte à intéresser vivement ce devenir qu'est l'adolescent;

2° Les manuels de Physique, très bien faits, sont farcis de mathématiques. Or, ce qui importe à l'adolescent ce sont les forces en mouvement,

erçues à l'aide d'appareils même grossiers (p. 155):

3° Il est intéressé par les questions d'ensemble, le coté mystérieux et philosophique des solutions qui se dégagent des théories et des expériences sur l'électricité, l'éther, les rayons X, etc. ;

4° Enfin les applications scientifiques, les mécanismes par lesquols l'homme bride la nature, passionnent les jeunes imaginations et peuvent ouvrir les voies à la science pure qui ne viendra que plus tard (p. 156).

Plusieurs de ces indications concordent avec nos programmes actuels.

sommes fondés à conclure que la pensée de 1 adolescent se meut dans deux directions qui à première vue apparaissent comme divergentes : une sentimentalité imaginative où se succèdent des représentations aussi inconsistantes que la personnalité consciente qu'elles expriment ; une logique raide où chaque idée est posée par le sujet comme un jalon marquant une étape définitive du progrès intellectuel. Mais cette antithèse n'est qu'apparente. Dans l'un et l'autre cas, il y a prédominance de la vision intérieure sur la perception du dehors, tendance à ne penser la nature qu'en fonction de l'homme ; mais tandis que le jeune rêveur, malgré ses efforts pour se dépasser, reste presque toujours confiné dans les limites changeantes de son moi individuel, le jeune dialecticien réussit par moments à unir ses idées par un rapport universalisante, à donner à ses jugements une valeur spécifique ou sociale. Bien entendu, cette distinction n'est vraie qu'in abstracto, au moins pour les intelligences moyennes où le raisonnement, malgré l'intérêt qu'il présente par lui-même, est avant tout un instrument mis au service des combinaisons d'origine affective. Pourtant, c'est peut-être la fonction dialectique que donne à la pensée de l'adolescent sa marque la plus significative, car souvent l'enfant est d'autant plus crédule qu'une vive sensibilité et une imagination féconde permettent à ses idées presque toujours isolées de s'implanter avec plus de force dans son esprit ; au contraire, dès la puberté, l'attention se porte spontanément moins vers les termes du jugement que sur leurs relations; les idées se présentent par groupes et ces groupes ont une tendance à former des systèmes, lesquels avortent presque toujours en raison des conceptions contradictoires qui finissent par se rencontrer dans une intelligence encore incapable d'ordonner en une synthèse supérieure les antithèses nées des premiers efforts de la réflexion. Aussi la crédulité de jadis fait-elle place assez souvent à un scepticisme passager qui, selon les caractères, prend une forme ou ironique ou agressive ou mélancolique ; ou encore à des alternatives d'affirmation et de négation qui seraient réjouissantes par la sincérité absolue dont sont empreintes du jour au lendemain les convictions les plus contradictoires, si la tendance

naturelle à brûler ce qu'on a adoré ne risquait de donner lieu à cet âge aux actes les plus fanatiques. J. Bourdeau1 cite le cas d'un jeune homme timide et rougissant, plein de respect pour ses maîtres, qui, après la lecture de Nietzsche, tenta de faire violence à une Frau Professorin sous prétexte d'appliquer à la lettre le fameux précepte : « Rien n'est vrai : tout est permis. » Il va sans dire que de telles conséquences sont rares, même chez les sujets claquemurés dans leur idéologie. En général les précoces intellectuels ressemblent à Théétête qui passe peu à, peu de la notion des figures géométriques à la contemplation des pures idées. Ils vont « parmi les sciences et les recherches sans heurt, d'une course unie, rapide, aussi doucement que l'huile qui coule sans bruit »2. Entre autres adolescents procédant de la sorte, j'ai connu un élève de mathématiques élémentaires qui, toujours calme et déjà maître de sa pensée, avait une intuition merveilleuse pour dégager dans un cours, un livre, une série d'interrogations, les idées directrices ; sans effort visible, il trouvait moyen d'y rattacher les diverses connaissances qu'il avait acquises en la matière, au point que ses camarades cherchaient à le copier ou à utiliser ses notes au même titre que leurs manuels. Sans doute, des cas de ce genre sont exceptionnels; mais il n'en reste pas moins vrai que, bien ou mal doués, les jeunes gens acquièrent presque toujours avant les vingt ans, pour l'enchaînement logique des idées, le maximum de goût que comporte leur nature. En général, après cet âge, la foi en la puissance du raisonnement ne tarde pas à diminuer pour faire place, chez les uns au souci des conditions expérimentales de la vérité, chez les autres au goût pour les jugements conventionnels fondés sur le bon sens, les intérêts individuels, les préjugés de caste ou de classe, etc.

Y a-t-il un critérium physique ou psychologique permettant de préjuger le développement ultérieur de l'intelligence adolescente ? Les signes physiognomoniques qui d'après P. Mantegazza 3 ont le plus de valeur intellectuelle, ne se rencontrent pas

1. Les maîtres de la pensée contemporaine, p. 132 (F. Alcan).

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