Psychologie de l'attention, p. 53 (F. Alcan
que l'attitude ou le mouvement commencés entraînent le reste de la série psycho-physiologique. Ceci est encore plus vrai de la volonté proprement dite que de l'attention : sans un faisceau d'automatismes fortement constitués, l'homme le plus énergique, au lieu de consommer la volition en la poussant jusqu'à l'accomplissement de l'acte, s'en tiendra le plus souvent à des intentions fortement arrêtées, mais dont l'impuissance attestera que la bonne volonté, même unie aux qualités de l'intelligence, ne suffît pas aux tâches nécessaires; et peut-être est-il impossible h la plupart des personnes dont l'éducation physique a été négligée, de faire complètement leur devoir. L'attention, au contraire, n'implique pas parmi ses conditions physiologiques un dressage musculaire aussi circonstancié. Parce qu'elle a pour fin la connaissance et non l'action, l'inhibition qu'elle suppose concerne plutôt la formation des idées que leur réalisation, le cerveau que les muscles, les fibres d'association que celles de projection. Mais chez l'adolescent, encore indéterminé, ces différences ont moins d'importance que chez l'adulte ; et, malgré l'autonomie fréquente de la faculté dialectique, le lien naturel qui unit la pensée à l'action n'est pas encore assez relâché pour que Ton puisse considérer les deux termes comme des variables indépendantes. De plus, bien que la période par excellence du dressage soit à peu près passée, le pubère peut encore utiliser sa vigueur croissante pour l'acquisition de nouvelles habitudes motrices, chacune d'elles exigeant pour s'organiser des exercices réitérés où sont impliquées les conditions psycho-physiologiques de la volonté et de l'attention.
Ainsi l'adolescence correspondrait à la seconde des trois périodes distinguées par M. Ribot. Parmi les inclinations dont l'influence peut susciter l'énergie du sujet et la concentrer par inhibition sur une tâche déterminée, il en est une, Vamourpropre, sur laquelle on ne compte jamais en vain à cause des formes protéiques qu'elle revêt sans interruption. Lié à la cons-
cience de soi, toujours très vive à cet âge, il est le principe des sentiments les plus dynamogéniques, malgré leur valeur très inégale. Nous allons en examiner quelques-uns.
Et d'abord la vanité. Elle est le ressort par excellence de l'activité chez la plupart des jeunes gens, très souvent aussi une des principales causes de lâcheté. Combinaison de l'amourpropre et de deux autres tendances nouvelles, l'instinct sexuel et l'instinct social, elle est commune aux adolescents de tous les pays, mais, comme il est naturel, s'exagère davantage chez les jeunes Français. Tandis qu'en Amérique, par exemple, les élèves des Universités et des Collèges gagnent souvent par un travail manuel de quoi subvenir aux frais de leurs études, nos étudiants et nos lycéens rougissent de porter une valise, d'être vus avec des personnes de condition modeste, fût-ce leurs parents, etc. Michelet, a seize ans, cachait à ses camarades sa pauvreté comme une honte ; avec le sou de son déjeuner il achetait un gâteau plutôt que du pain, et quand surpris en classe à le grignoter, ses camarades lui demandaient : Que manges-tu? il répondait: Mon dessert! quoiqu'il fût sur le point de tomber d'inanition. Le chapitre de la toilette à lui seul fournit à la vanité du pubère des thèmes innombrables : la hauteur des faux-cols, la couleur des cravates, la forme de la chaussure, la coupe des vêtements, l'arrangement de la coiffure, absorbent une bonne part de ses préoccupations. M. Payot2 avoue avoir éprouvé une honte très pénible à la sortie du collège à cause d'une tunique portant au coude une pièce minuscule. — Edouard, un des sujets observés par M. B. Pérez, rêve à quinze ans de se faire un nom dans l'armée, les lettres ou les sciences; dans sa classe, il rougit des éloges reçus et en rabat ; mais il aime à se regarder dans la glace, à parler de ses mains et de ses pieds « fins et indiquant la race (je ne sais quelle aïeule à particule il avait dénichée parmi ses ancêtres) » ; certain jour, il a une crise de larmes et fait une scène de dépit, parce qu'il est obligé de porter pendant un second été un habit à la française