‹ L'ame de l'adolescentChapitre 136 sur 234 · L'éducation de la volonté, p · texte numérisé non relu

L'éducation de la volonté, p

de couleur bronze au lieu du léger vestonnet citron arboré par ses camarades1.

Pourtant l'orgueil de caste, un des traits indiqués dans l'observation précédente semble être plutôt en décroissance2, comme en général les sentiments conventionnels dont il est un spécimen. « Un de N... ne traîne personne» disait devant moi le rejeton d'une famille aristocratique, âgé de neuf ans, à ses petits camarades qui dans un jeu l'invitaient à tirer le chariot à son tour. Un autre enfant, à peu près du même âge, honteux de son origine plébéienne dans un milieu où abondaient les noms à particule, confiait à ses amis sous le sceau du secret que son père, à la suite de grands malheurs, avait été obligé de renoncer à son nom véritable qui était celui d'une grande famille historique. Vers quatorze ou quinze ans le snobisme ne tarde pas à changer d'objet : la situation sociale des parents, leurs relations, leur état de fortune, les manières, la mise extérieure, passent au premier rang parmi les éléments d'appréciation. Dans la conscience du jeune vaniteux la primauté de la classe se substitue à celle de la caste, l'estime de la noblesse d'argent à celle de la noblesse de sang. Cette transition, coïncidant avec l'accroissement du social dans la conscience individuelle, semble due, il est vrai, moins à l'évolution psychologique qu'à la prédominance des facteurs économiques dans les sociétés contemporaines 3.

En effet, malgré la spontanéité de sa vie intérieure, la jeune âme, incapable encore de trouver sa formule, se laisse gouverner pendant quelques années et, si elle est médiocre, se laissera gouverner toujours par l'opinion publique. « Ce n'est ni par le tempérament ni par les sens que commence l'égarement de la jeunesse, disait déjà Rousseau, c'est par l'opinion. » Dans un

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