‹ L'ame de l'adolescentChapitre 140 sur 234 · D'après St. Hall, I, p · texte numérisé non relu

D'après St. Hall, I, p

blessure. Est-ce à dire que l'instinct batailleur des douze et treize ans s'est résorbé dans un naturel plus pacifique ? En apparence seulement : Parce que l'injure, à cause de la mentalité devenue plus consciente, éveille de proche en proche une résonnance qui l'amplifie et la rend moins distincte, ia réaction motrice perd peu à peu l'automatisme d'un réflexe et s'accomplit avec toute la lenteur d'une décision volontaire. La colère ne se traduit plus autant par des cris, des grimaces, des mouvements convulsifs ; peut-être agit-elle davantage sur les organes internes, quelquefois assez violemment pour y causer des désordres; mais, combinée avec les états intellectuels familiers au sujet, elle se transforme en indignation, persiste en rancune et, servie par des muscles plus puissants, aboutirait à une vengeance redoutable, si la sj^mpathie et l'instinct social naissant ne lui imposaient un frein salutaire. Le moment n'est pas loin où le duel, cher aux étudiants allemands, viendra avec son cérémonial quasi-rituel se substituer aux coups de poing échangés sans façon. Mais remarquons à l'appui de ce qui précède, qu'il finit rarement par un dénouement tragique, malgré la combativité particulière aux sentiments mis enjeu : amour, amourpropre, vanité, etc. Le plus souvent ces sortes d'affaires se terminent par une légère piqûre permettant de porter le bras en écharpe pendant des semaines, ou par de glorieuses balafres qu'on entretient à vif le plus longtemps possible. Si un moment de fureur aveugle ou le hasard des coups portés ont produit un malheur irréparable, le vainqueur, loin de se réjouir à l'idée de sa victoire, peut en ressentir un chagrin si violent qu'il songe au suicide et traîne pendant des années le souvenir de l'événement comme un remords intolérable. Mais le duel lui-même, du moins tel qu'il se pratique dans les Universités d'Allemagne, est dangereux pour le courage proprement humain de l'adolescent en ce sens qu'il dégénère en un usage formaliste, exigeant la même sanction pour des froissements involontaires ou insignifiants que pour une atteinte grave à la dignité personnelle1.

1. Cf. Ziegler. Dos deutsche Sludent, p. 88 ; — Voir aussi Walter Bloen. Der Krasse Fuclis; — Jules Huret. En Allemagne : Rhin et Westphalie, surtout pp. 404-459.

Le point d'honneur y remplace trop souvent l'honneur véritable, ce qui est d'autant plus fâcheux que chez beaucoup de jeunes gens ce dernier sentiment, s'identifiant presque avec la moralité tout entière; ne saurait être perverti sans que fût gravement compromise la valeur future de l'adulte. Si l'honneur, suivant la formule célèbre de Montesquieu, est le préjugé de chaque personne et de chaque condition, on voit quel rôle il doit jouer chez le pubère dont l'imagination ne cesse d'embellir la condition d'homme à laquelle il aspire, et les moyens dont il croit disposer pour l'atteindre. Il est une des bases les plus solides sur lesquelles on puisse fonder l'éducation morale de la jeunesse », et dans bien des cas il suffît d'obtenir d'un grand élève la promesse d'un effort dont on l'aurait cru incapable, pour que se croyant obligé d'honneur à l'accomplir, il l'accomplisse en effet. Un proviseur qui répond : « Je n'ai pas confiance en des élèves » a, à un grand garçon qui, à propos d'une sortie et à défaut de surveillant, se porte garant de la bonne tenue de ses camarades, ne donne peut-être pas, comme l'affirme M. Laisant3, « la mesure d'une véritable dégradation morale », mais à coup sûr fait preuve d'un manque de sens pédagogique que seul peut expliquer le trouble émotionnel dû à la crainte des responsabilités civiles et administratives. Combien meilleurs psychologues sont dans les Universités américaines du Sud les professeurs qui, pour éviter la fraude aux examens, demandent aux candidats de joindre à leur copie la déclaration suivante : « Je certifie sur l'honneur que je n'ai reçu ni donné aucune aide au cours de cet examen. » Si l'étudiant manque à sa déclaration, il est déféré au Comité d'honneur et expulsé Ou bien l'atavisme n'a aucun sens ou bien nos adolescents seraient plus particulièrement aptes à se laisser influencer par un tel mobile. Ajoutons de suite que l'esprit chevaleresque n'est spécial ni à un

1. Cf. A. Leclère. Le même enseignement moral convient-il aux deux sexes (Rev. de Métaph. et Morale, VIII, p. 236).

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