‹ L'ame de l'adolescentChapitre 141 sur 234 · L'éducation fondée sur la science, p · texte numérisé non relu

L'éducation fondée sur la science, p

4. Alph. Smith. Le sentiment de V honneur chez les étudiants, cité dans la Revue intern. de VEnseign., 15 janv. 4897. p. 95.

pays ni à une race, mais se retrouve à des degrés divers dans ia jeunesse de tous les pays civilisés ou en voie de le devenir : Par exemple, les jeunes Japonais aspirent à laisser derrière eux le nom de quelqu'un qui n'a jamais menacé un garçon plus faible ou tourné le dos devant un plus fort. Honneur signifie pour eux valeur et dignité personnelle : A quinze ans, les samuraï reçoivent deux épées, une longue et une courte, qu'ils doivent porter comme des symboles de loyauté et de contrôle intérieur ; car, ils ne doivent jamais les tirer à la légère. Indifférents à l'argent, ils sont tenus de préférer l'honneur à la vie et de mourir s'ils l'ont perdu l. Leur chevalerie, ou bushido, est à la fois un code de morale et une éducation physique qui rappelle par certains points l'éphébie attique ou l'institution des écuyers au moyen âge.

Parmi les vertus nouvelles ayant leur principe dans l'honneur, une des plus significatives est la sincérité. Sauf de rares exceptions, les enfants comme les sauvages mentent par intérêt, par plaisir ou même sans s'en apercevoir : De la meilleure foi du monde il leur arrive de raconter les faits non comme ils se sont passés, mais comme ils voudraient qu'ils se fussent passés; — et c'est un chapitre de psychologie bien intéressant que l'étude des mensonges enfantins 2. Dès la puberté, les paroles commencent à être contrôlées comme les actes et, quoique les adolescents se plaisent non seulement à faire étalage de leur force, de leur adresse, de leur science, mais encore à insinuer qu'ils possèdent une foule d'autres qualités dont celles-là ne sont que des spécimens, ils ne tardent pas à considérer le mensonge comme une des formes les plus répugnantes de la lâcheté. A vrai dire, il leur est difficile de mentir sur eux-mêmes, tant la confusion de leur vie intérieure se prête à des interprétations variées : Tantôt leurs souvenirs se présentent par masses, de sorte que la partie claire de leur pensée rejetant violemment le reste dans l'ombre les porte à s'expri mer avec une franchise brutale ; tantôt sous l'influence d'un

1. Inazo Nitobé. Bushido : the soul of Japan, cité par St. Hall, I, p. 219.

2. Voir un essai dans les Children's lies de St. -Hall. Amer. Journ. of Psy choit pp. 59-70 (janv. 1890).

sentiment momentané, parfois semi-conscient, ils se complaisent dans des distinguo à rendre jaloux les casuistes les plus subtils ; ou bien, pour donner libre cours à leur imagination, ils inventent des hâbleries auxquelles il leur arrive souvent de croire à moitié; et, somme toute, à cause de leur émotivité plus intense, leur témoignage n'est guère plus sûr que celui des enfants. Mais, en attendant que les meilleurs d'entre eux s'élèvent peu à peu jusqu'à la sincérité envers soi, tous s'efforcent plus ou moins de pratiquer la sincérité envers autrui. En général, un enfant qu'on traite de menteur ne se formalise pas pour si peu; l'adolescent considère cette injure comme une des plus graves qui puissent lui être adressées, de même que son mépris le plus intransigeant va de préférence à toutes les formes d'hypocrisie qu'il surprend autour de lui : raison de plus, entre parenthèses, pour que sur les questions sexuelles on ne se départe pas à son égard d'une franchise avisée. Incapable encore de comprendre la relativité des maximes morales les plus incontestables, il croit volontiers comme Télémaque 1 qu' « il suffit que le mensonge soit mensonge pour n'être pas digne d'un homme ». Aussi la dissimulation coutumière peut-elie être considérée à cet âge soit comme un symptôme de dégénérescence, soit comme l'indice des mauvaises habitudes dont il a été déjà question et où il faut voirie principal obstacle qui s'oppose à la genèse du courage civil. Il est vrai que, d'après Despine5, elle serait quelquefois une marque de contrôle intérieur, puisque les jeunes gens tendent naturellement à prolonger leur pensée en paroles et en actions. Sans doute il peut en être ainsi dans certains cas : tout dépend des motifs qui poussent le sujet à se surveiller. S'il cache ce qu'il aurait honte de montrer, s'il se laisse influencer par la crainte des sanctions désagréables qui suivraient son mouvement de sincérité, l'inhibition diffère fort de la maîtrise de soi : elle ressemblerait plutôt à l'attention spontanée qui soumettant l'esprit aux impressions extérieures empêche là où elle prévaut, le caractère de se constituer. Mais

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