‹ L'ame de l'adolescentChapitre 142 sur 234 · Psychologie naturelle, cité par St. Hall, I, p · texte numérisé non relu

Psychologie naturelle, cité par St. Hall, I, p

un trait qui montre à quel point est indécise la psychologie de l'adolescent, c'est que avec les dissimulateurs soi-disant volontaires on peut confondre des sujets d'une mentalité toute différente, sinon opposée, à savoir ceux qui appartiennent à la grande classe des timides.

Grande classe en effet, puisqu'elle comprend au moins pour un temps à peu près tous les pubères destinés à évoluer normalement. Que d'hommes remémorant leurs impressions de jeunesse pourraient dire comme 1' « ami » d'Anatole France : «J'avais été un enfant très intelligent, mais vers dix-sept ans1 je devins stupide. Ma timidité était telle alors, que je ne pouvais ni saluer, ni m'asseoir en compagnie, sans que la sueur me mouillât le front.2 » On peut dire même plus : Les adolescents qui de quinze à dix-huit ans sont trop sûrs d'eux-mêmes et ne se troublent ni devant les femmes, ni devant les étrangers, ni devant leurs supérieurs, ont gardé quelque chose de la mentalité enfantine; leur assurance est peut-être un signe d'arrêt ; tout au plus sont-ils destinés à fournir des hommes médiocres ne se faufilant à l'aise parmi les difficultés que parce que le manque d'originalité leur permet de s'adapter sans effort à des conditions sociales qui par leur nature même doivent être appropriées à la moyenne des esprits. Or, nous avons vu déjà que le pubère était condamné par sa mentalité à la fois enthousiaste, rêveuse et raisonnante à traverser une période de synthèses originales mais irréelles, durant laquelle il essayait obscurément tous les possibles sans se déterminer dans aucun et surtout sans accorder ses créations avec les exigences du milieu extérieur. Cette intériorité, jointe à la hantise des sensations nouvelles, exagère le sentiment de sa personnalité et lui cause une souffrance très vive, lorsqu'il est obligé de mettre à nu devant autrui

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