‹ L'ame de l'adolescentChapitre 150 sur 234 · Marro, p · texte numérisé non relu

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de la vingtième année, c'est pour des raisons extérieures à la psychologie de l'adolescent, c'est parce que dans nos mœurs, diverses causes concourent à empêcher la formation du caractère viril, la transformation de Yanomie en autonomie.

Parmi ces influences fâcheuses, l'attitude des parents envers leurs grands enfants n'est pas la moins regrettable. Quel est le professeur, quel est surtout le chef d'établissement qui n'a pas reçu de divers pères de famille des confidences comme celle-ci : « Depuis un an, deux ans, trois ans, notre garçon nous échappe entièrement, nous n'osons pas le brusquer parce qu'il nous menace de partir, de faire des sottises, etc. ». — Mais à côté des pères faibles qui sont légion, il en est d'autres, plus rares, qui ne font aucune différence entre l'enfant et l'adolescent, et qui exigent, au besoin par la violence, la même obéissance passive du jeune homme de seize ans que du garçonnet de dix ans. Or, dans l'espèce la manière forte, surtout si elle devient brutale, offre autant de dangers que la manière faible. Si celle-ci a l'inconvénient de laisser les jeunes volontés se déshabituer de toute règle au point que leur allure désordonnée, malgré la pression des événements, n'arrive pas toujours à se plier à la discipline exigée par les institutions sociales, celle-là, comme le montrent, entre autres documents, les analyses de Chateaubriand1, de Benjamin Constant2, de Rousseau 3, risque de paralyser la spontanéité de l'énergie adolescente, de la forcer à se dépenser en cachette par des voies détournées qui ne sont pas toujours les meilleures. Deux de mes élèves, traités depuis l'enfance avec une extrême sévérité, en étaient arrivés, l'un à une timidité presque maladive le rendant totalement incapable d'exprimer devant des adultes une idée ou un désir personnels, l'autre à une dissimulation habituelle dont il ne pouvait se départir même avec les personnes en qui il avait confiance. Fils d'un gentilhomme qui tenait à honneur de se conformer dans sa famille aux anciens préceptes de l'autorité patriarcale, il cherchait parfois dans ses dissertations philosophiques une issue aux sen-

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